La charge mentale quand on a des parents âgés : l’écrire, la trier, la partager
Le plus lourd n’est pas le temps passé chez votre mère, c’est celui passé à y penser. La charge mentale liée à des parents âgés ne se voit pas et personne ne la compte, pas même vous. Elle peut pourtant se mettre sur une feuille, se trier, se partager et, en partie, se confier.
23 h 10. La lumière est éteinte, et vous repensez à la chaudière de votre mère : le contrôle annuel a-t-il été fait cette année ? Puis à sa carte d’identité, qui expire au printemps. À la voisine dont vous n’avez pas le numéro. À sa façon de dire « ne t’inquiète pas » deux fois de suite, tout à l’heure, au téléphone.
Vous n’avez rien fait pour elle de toute la soirée, et pourtant vous avez travaillé. C’est cela, la charge mentale.
De quoi parle-t-on quand on dit « charge mentale » pour des parents âgés ?
La charge mentale, c’est tout ce qu’on garde en tête pour un parent : ce qu’il faut prévoir, se rappeler, vérifier, et le fond d’inquiétude qui tourne en arrière-plan. Elle ne se mesure pas en heures de visite, ce qui la rend difficile à partager, et même à expliquer.
Le mot, lui, a une histoire. En 1984, la sociologue Monique Haicault l’emploie dans la revue Sociologie du travail pour décrire la tension constante de femmes salariées, mères de famille, qui ajustent sans relâche le temps de l’emploi et celui de la maison. Nous l’empruntons ici parce qu’il dit bien ce que vivent beaucoup de familles : on porte une liste que personne d’autre ne voit.
Vous n’êtes pas la seule personne à ressentir ce poids. En 2015, selon la DREES, parmi les adultes sans enfant à charge qui soutenaient l’un de leurs parents de 60 ans ou plus vivant chez lui, un sur quatre disait manquer de temps pour soi ou avoir le sentiment de faire des sacrifices. Pour ceux qui avaient aussi des enfants à charge, la situation moyenne est proche, ajoute-t-elle. Cinq gestes peuvent rendre cette charge plus légère.
Écrire : tout poser sur le papier
Écrivez, en vrac, tout ce que vous gardez en tête pour votre parent, pendant un quart d’heure, sans ordre ni tri. Une charge qu’on ne voit pas ne se partage pas, et une liste écrite est la façon la plus sûre de la voir.
Une ligne par pensée, de préférence en commençant par un verbe : renouveler, appeler, demander, vérifier. Notez les inquiétudes telles quelles, sans les arranger : « et si elle ne décrochait pas ? » a sa place sur la page. La liste sera sans doute plus courte que vous ne le craignez : dans la tête, dix lignes se font passer pour cent. Si l’inquiétude vous prive de sommeil depuis des semaines, parlez-en à votre médecin traitant : ce poids-là se confie aussi.
Trier : quatre tiroirs suffisent
Chaque ligne de la liste se range dans l’un de ces quatre tiroirs : une tâche datée, une tâche qui revient, une inquiétude, ou un sujet qui appartient à votre parent. Cette seule distinction retire déjà du poids, parce qu’on ne traite pas une inquiétude comme une tâche.
| Ce que c’est | Un exemple | Où ça va |
|---|---|---|
| Une tâche datée | la carte d’identité qui expire au printemps | l’agenda, avec un rappel un mois avant |
| Une tâche qui revient | le contrôle annuel de la chaudière, l’assurance | un calendrier de l’année, écrit une seule fois |
| Une inquiétude | « et si elle ne décrochait pas ? » | une conversation, pas une liste |
| Un sujet qui est à votre parent | ses dépenses, ses envies, sa façon de ranger | lui, avec votre avis s’il le demande |
Les inquiétudes ne se rayent pas, elles se bornent : un signe de vie convenu à l’avance, un voisin qui a les clés. Tout un article est consacré à ce travail-là : l’inquiétude pour un parent qui vit seul.
Rendre à votre parent ce qui est à lui
Une partie de ce que vous portez n’est pas à vous. Ses choix de vie, ses dépenses, sa manière de classer ses papiers : tant qu’il en reste maître, tout cela est à lui, et le garder en tête à sa place n’est pas un service à lui rendre.
Il y a même un piège : ce qu’on pense pour quelqu’un, il peut finir par ne plus le penser lui-même, et vous voilà à décider à sa place de ce qu’il décidait hier. Posez-lui la question simplement : « Qu’est-ce que tu veux que je garde en tête pour toi ? » Sa réponse tient parfois en deux lignes.
Partager un domaine entier, pas une tâche
Confiez à quelqu’un un domaine de bout en bout, y compris le fait d’y penser, plutôt qu’une tâche isolée. Partager des tâches ne partage pas la charge : si vous demandez à votre sœur d’appeler le plombier, elle fait la tâche, mais c’est vous qui y avez pensé, vous qui avez dû le lui demander, et vous qui vérifierez que c’est fait.
« Tout ce qui est à renouveler, de la carte d’identité à l’assurance, c’est toi » vaut mieux que dix demandes isolées, si votre parent y consent. Cela suppose d’accepter qu’une autre personne s’y prenne autrement que vous : c’est le prix du partage. Pour réunir la famille et s’entendre là-dessus, voyez frères et sœurs face à des parents âgés.
Si vous avez l’impression de tout porter sans relais, c’est parfois exact, et parfois un arrangement que personne n’a jamais discuté. En 2022, selon la DREES, le soutien à un proche reposait sur une seule personne, sans autre proche, professionnel ou bénévole, dans trois cas sur dix, tous proches confondus ; quand il s’agit d’un parent, c’est moins souvent le cas.
Confier ce qui peut l’être
Ce qui se répète peut se confier à un outil ou à un tiers : un paiement automatique mis en place par votre parent lui-même, un agenda partagé avec des rappels, un classeur où chaque papier a sa place. Chaque chose qui sort de votre tête cesse de vous réveiller à 23 h 10.
Reste ce qu’il en coûte, en pensées, d’organiser soi-même une présence régulière : trouver quelqu’un, le vérifier, déclarer ses heures, calculer son salaire. Cette part-là, Philia&Co. s’en charge, à Paris. Le philos qui passe deux heures chaque semaine chez votre parent, nous le choisissons à la main, pour sa gentillesse d’abord ; toute l’administration, nous la faisons au nom de votre parent, puisque c’est lui l’employeur. De votre côté : une seule confirmation, une fois, et nous vous guidons. Le détail d’une visite et les prix sont sur la page dame de compagnie à Paris.
Si cette liste réveille aussi de la culpabilité, c’est un sujet à part entière : la culpabilité envers ses parents âgés. La nuit où la chaudière reviendra vous réveiller, elle sera sur une feuille, avec un nom à côté, et ce nom ne sera pas toujours le vôtre.
Questions fréquentes
La charge mentale ne concerne-t-elle pas surtout les mères de famille ?
À l’origine, oui : dans un article de 1984, le mot décrit la vie de femmes salariées qui élevaient des enfants. On l’emprunte aujourd’hui bien plus largement. La DREES compte 58 % de femmes parmi les personnes qui soutenaient régulièrement un proche en 2022, mais un homme peut porter la même liste dans sa tête.
Peut-on avoir une charge mentale pour un parent qui va très bien ?
Oui, car elle tient à ce que vous avez en tête, pas à l’état de votre parent. Un père tout à fait autonome a quand même des papiers, une assurance, une chaudière à faire contrôler, et son enfant peut y penser pour lui sans qu’on le lui ait demandé.
Combien de temps faut-il pour dresser la liste de tout ce qu’on garde en tête ?
Un quart d’heure pour la première version, un soir où personne ne vous attend. Le tri demande ensuite une demi-heure, puis dix minutes chaque dimanche pour la tenir à jour.
Mon père refuse que je touche à ses papiers : que faire de ma liste ?
Gardez-la, mais changez la question : non plus « que dois-je faire ? », plutôt « qu’est-ce qui est à lui, et comment saurai-je s’il a besoin de moi ? ». Convenez avec lui d’un signe simple, par exemple qu’il vous prévienne quand une échéance approche.