Quand une personne âgée ne sort plus de chez elle : comprendre, puis recommencer pas à pas
Votre mère ne sort plus, et personne ne saurait dire quand cela a commencé. Une personne âgée qui ne sort plus de chez elle a rarement une seule raison de rester, et elle recommence plus volontiers avec un but précis et quelqu’un à ses côtés qu’avec un « il faut sortir ». Voici cinq raisons courantes, et un premier pas pour chacune.
Pourquoi une personne âgée ne sort-elle plus de chez elle ?
Rarement pour une seule raison : plusieurs petits obstacles se sont additionnés, et aucun n’a paru assez sérieux pour être dit à voix haute.
Un jour de pluie, le manteau est resté sur la patère. Puis un jour de verglas, puis un jour de fatigue, et le manteau n’a plus bougé. Ne cherchez pas le coupable dans cette suite. Demandez plutôt à votre mère quand elle est sortie pour la dernière fois avec plaisir : le marché du samedi, la boulangerie de la rue d’à côté, un concert. Sa réponse vaut toutes les hypothèses, et elle donne un point de départ.
Cinq raisons fréquentes, un premier pas pour chacune
Cinq obstacles reviennent souvent : la peur, la fatigue, l’habitude perdue, le manque de but et le manque de compagnon. Chacun appelle un premier pas différent.
La peur
Si votre mère dit qu’elle a peur de tomber, ou si une chute a déjà eu lieu, la première démarche est d’en parler à son médecin traitant, avant toute idée de sortie. C’est à lui de dire ce qui convient, pas à vous, ni à nous. Quand la peur est plus floue (la foule, le bruit, un trottoir qui a changé), partez d’un trajet qu’elle connaît par cœur, à une heure calme, en votre compagnie. Le premier pas peut tenir au pied de l’immeuble : descendre, respirer l’air de la rue, remonter.
La fatigue
Sortir coûte de l’énergie quand les nuits sont courtes et que l’escalier compte. Commencez par vingt minutes plutôt que deux heures : un tour du pâté de maisons, un banc, le retour. Pour l’activité physique en général, l’OMS conseille aux personnes âgées de commencer par de petites quantités, puis d’augmenter peu à peu, et rappelle qu’un peu d’activité vaut mieux que pas du tout. Si de nouveaux symptômes apparaissent quand on en fait davantage, on en parle à son médecin. Repérez avec votre mère les bancs du trajet : savoir où s’asseoir rassure plus qu’un long discours.
L’habitude qui s’est perdue
Après un hiver rude, un deuil, une longue période passée à la maison, l’habitude de sortir s’est effacée, et l’idée de la reprendre pèse plus lourd que la sortie elle-même. Un ascenseur en panne pendant quinze jours suffit parfois : on le répare, et l’habitude ne revient pas toute seule. Ce qui la ramène, c’est la répétition du même trajet, jusqu’à ce que le manteau retrouve sa place dans les gestes de la semaine.
Le manque de but
La boulangerie a fermé, le café est devenu une agence bancaire, les amis ont déménagé. Sortir sans destination, c’est se promener pour se promener, et on y renonce vite. Proposez-lui un but : rendre un livre à la bibliothèque, voir la collection permanente d’un musée, déjeuner dehors. Les bibliothèques de la Ville de Paris (plus de soixante) sont ouvertes à tous, avec une inscription gratuite sur pièce d’identité, et l’on y emprunte les livres sans payer. Les collections permanentes des musées de la Ville sont gratuites elles aussi, à quelques exceptions près.
Pour le déjeuner, la Ville a ses restaurants Paris Émeraude, ouverts aux seniors parisiens sous conditions : nous les présentons dans personne âgée qui mange seule.
Le manque de compagnon
Ce manque-là se mesure. En 2025, d’après le « Baromètre 2025 Petits Frères des Pauvres Solitude et Isolement, quand on a plus de 60 ans en France », 36 % des 60 ans et plus disent n’avoir personne avec qui se promener, en hausse de 10 points depuis 2021 ; c’est le cas de 47 % des 80 à 84 ans et de 55 % des 85 ans et plus. Seuls 51 % des 60 ans et plus sortent tous les jours de chez eux, contre 65 % en 2017 ; un tiers sort toutefois plusieurs fois par semaine.
Reste à trouver quelqu’un pour descendre avec elle. Vous, d’abord, si vous le pouvez, pourvu que la sortie ne devienne pas une visite de plus : aller chercher le pain ensemble vaut mieux qu’une promenade décidée pour elle. Un voisin ou la gardienne peuvent aussi descendre à la même heure. Et la Ville de Paris finance un service gratuit où des bénévoles sortent avec des aînés parisiens de plus de 65 ans : nous le décrivons dans notre article sur la solitude d’une personne âgée.
Comment lui proposer de sortir sans la brusquer
En lui proposant une destination, un jour et votre présence plutôt qu’un « il faut que tu sortes », qui annonce une obligation et laisse entendre qu’on a remarqué un recul. « Samedi, je passe te prendre, on va voir si le marché a changé de place. »
Si elle refuse, n’insistez pas. Un non d’aujourd’hui n’est pas un non définitif, et laisser la porte entrouverte est déjà beaucoup. Elle gardera le choix du but et de l’heure, et c’est ce qui rend la sortie légère. Quand le refus s’étend à toute présence, notre article « ma mère ne veut voir personne » explique comment l’entendre.
Toujours le même jour, à la même heure
Une sortie fixée, une fois par semaine, l’emporte sur dix bonnes résolutions. Le samedi à 10 h devient un repère : on choisit ses chaussures la veille, on regarde le ciel le matin. L’attente fait partie de la sortie, et elle remplit déjà la semaine. Pour les idées de trajets, voyez nos promenades à Paris avec une personne âgée ; pour les journées qui n’ont pas de but, l’article sur l’ennui en cherche la cause.
Ce que change une visite qui revient chaque semaine
Chez Philia&Co., ce rythme est le principe même des visites : un philos que nous avons choisi à la main, pour sa gentillesse d’abord, sonne chez votre parent le même jour, à la même heure, pour 2 h. On y bavarde, on joue aux cartes et, si l’envie est là, on sort : le marché, un banc au soleil, la bibliothèque. Personne n’y compte les pas : ce sont des promenades de compagnie, pas de la remise en forme.
Tout commence par une rencontre de présentation d’environ une heure, qui ne coûte rien : l’occasion de voir si le courant passe. La rencontre de présentation est offerte. Côté prix, la formule normale (une visite par semaine) représente 143,44 € par mois après crédit d’impôt de 50 %, contre 286,88 € avant, lissé sur l’année (tous les tarifs). Votre parent emploie lui-même son philos, chez lui ; les démarches, c’est à nous de les faire.
Un jour, sans cérémonie, le manteau quitte la patère. Cela ne commence presque jamais par une grande sortie : cela commence par un banc, vingt minutes, et quelqu’un qui dit « à samedi ».
Questions fréquentes
Ma mère ne sort plus depuis l’hiver dernier : faut-il l’y obliger ?
Non : une sortie imposée lui confirme qu’on décide pour elle. Proposez un but précis (rendre un livre, acheter son pain) et un jour fixe, puis laissez-lui le dernier mot.
Ma mère sort encore, mais de moins en moins loin : faut-il s’inquiéter ?
Pas forcément ; regardez surtout si elle garde des buts et des visages. Si le cercle se resserre vite, ou après une chute, parlez-en à son médecin traitant.
Ma mère sort, mais seulement pour ses courses : est-ce suffisant ?
Cela dépend de ce qu’elle en dit elle-même : les courses sont déjà une sortie avec un but, qui revient chaque semaine, et c’est un bon point d’appui. Proposez d’y ajouter un moment pour le plaisir, un café après le marché ou dix minutes sur un banc, et laissez-la choisir lequel.
Un philos peut-il sortir avec mon père s’il marche lentement ?
Oui : une visite dure 2 h, et le rythme est celui de votre père. On peut aller jusqu’au marché, s’asseoir sur un banc, ou rester chez lui autour d’un café et d’un jeu de cartes. Si la marche l’inquiète, son médecin traitant dit ce qui lui convient.