Personne âgée qui s’ennuie : lire l’ennui comme un signal, et répondre à ce qui manque
Quand une personne âgée s’ennuie, quelque chose lui manque le plus souvent : un repère, un but, des gens, de la nouveauté. Plutôt qu’une liste de dix activités, voici sept manques qui reviennent, chacun avec sa réponse.
Que veut dire « je m’ennuie » chez une personne âgée ?
« Je m’ennuie » veut souvent dire « il me manque quelque chose ». Un repère, un but, des gens, de la nouveauté : l’ennui est une information, pas un défaut de caractère, et mieux vaut l’entendre que répondre « tu devrais t’occuper ».
Vous le devinez à la grille de mots fléchés restée à moitié remplie, le crayon posé dessus depuis mardi, ou au téléphone qu’elle décroche dès la première sonnerie. Parfois elle le dit elle-même, d’un ton léger : « Oh, moi, tu sais, je ne fais rien. » Avant de lui dresser une liste de loisirs (nous en avons réuni une dans l’article sur les activités à la maison), cherchez de quel ennui il s’agit. Chacun appelle une réponse différente.
Sept façons de s’ennuyer, et ce que chacune réclame
Sept manques reviennent, chacun avec sa réponse. Le dernier n’est plus de l’ennui.
- Les journées sans bords. Rien ne les commence ni ne les finit. On se lève quand on se réveille, on déjeune à n’importe quelle heure, et le jeudi ressemble au mardi. Ce qui manque, c’est un repère, et un seul suffit pour commencer : un jour, une heure, quelque chose d’attendu, un appel, un café, une sortie. La semaine se met alors à tourner autour de lui. Nous en parlons dans l’article sur la routine d’une personne âgée.
- Le but perdu. « À quoi bon ? » se dit après la retraite, après un deuil, quand les petits-enfants ont grandi et que plus personne ne demande rien. La réponse est de lui demander quelque chose : une recette, un conseil de jardinage, la façon dont on faisait autrefois (se sentir utile après la retraite ou un deuil).
- Personne à qui raconter. La journée a eu ses petits riens, et personne pour les entendre. L’OMS décrit la solitude comme un écart entre les liens qu’on a et ceux qu’on voudrait. Ici, l’écart se mesure en écoute : il faut quelqu’un qui revient, et qui se souvient de ce qu’on lui a dit la fois d’avant. Un appel à heure fixe, une voisine, une vieille amie qu’un courrier remet en contact : tout ce qui ramène une oreille régulière convient.
- Le même, encore. Les mêmes trajets, les mêmes émissions, la même conversation. Ce qui manque est de la nouveauté, et elle n’a pas besoin d’être grande : une exposition, une conférence, un livre pris au hasard. À Paris, la nouveauté ne coûte pas forcément cher : les pistes (musées, bibliothèques, conférences) sont réunies dans sorties culturelles à Paris pour seniors.
- Les mains vides. Elle aimait tricoter, lire, jardiner ; aujourd’hui les yeux fatiguent, les doigts hésitent. L’envie est restée, pas les moyens. Adaptez plutôt que d’abandonner : les bibliothèques de la Ville prêtent en général des textes en gros caractères et des textes lus, et la lecture à voix haute, à deux, rend au livre ce que la vue lui reprend (voyez nos pistes pour lire à voix haute).
- Personne pour jouer. Les cartes, les échecs, le Scrabble réclament un partenaire. Seul, le jeu perd son sel ; à deux, on y met de la mauvaise foi, et c’est tout le plaisir. Il faut donc moins une distraction qu’un adversaire régulier : le petit-fils du dimanche, un voisin, un club (nos idées de jeux de société donnent de quoi choisir).
- L’ennui qui n’en est plus un. Quand le désintérêt gagne même ce qu’elle aimait le plus, que les jours se ressemblent depuis longtemps et que le repli s’installe, ce n’est peut-être plus de l’ennui. Ce qui doit alerter, et vers qui se tourner, est expliqué dans dépression et solitude chez la personne âgée.
Le septième cas demande une autre prudence : ni vous ni nous n’avons à poser de diagnostic. Le médecin traitant est la première porte : dites-lui ce que vous avez observé, et depuis quand. Si votre mère parle un jour de ne plus vouloir vivre, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement, jour et nuit, et il s’adresse aussi aux proches. En cas de danger immédiat, c’est le 15 ou le 112.
Comment savoir de quel ennui il s’agit ?
Par des questions concrètes, une à la fois, plutôt que par la question « tu t’ennuies ? », à laquelle on répond rarement oui. Posez-les au fil d’une conversation, sans en faire un interrogatoire. Comment s’est passé son jeudi, du réveil au coucher ? Quel moment de la journée lui paraît le plus long ? Qui aimerait-elle entendre ou revoir ? Les réponses orientent souvent vers l’un des sept manques : l’heure sans repère, le « à quoi bon », le silence de ceux qui n’ont plus personne à qui parler.
Ce qu’il vaut mieux éviter, quand on veut bien faire
Évitez la liste : une longue série d’idées renvoie à votre mère l’image de quelqu’un qui aurait un problème à régler, et elle l’épuise avant d’avoir commencé. Proposez une seule chose à la fois, en partant d’un goût ancien. Évitez « à ton âge » et « tu devrais », et si la réponse est non, retenez ce qu’elle refuse : un refus renseigne sur ce qui manque vraiment. Pour la sortie qu’on ne fait plus, notre article sur la personne âgée qui ne sort plus propose un autre chemin, et celui sur la solitude d’une personne âgée replace tout cela dans un tableau plus large.
Quand la réponse est quelqu’un qui revient
Pour plusieurs de ces manques (le repère, l’oreille qui écoute, le partenaire de jeu), la réponse est la même personne qui revient. C’est le principe des visites de Philia&Co. : un philos choisi à la main, pour sa gentillesse d’abord, le même jour, à la même heure, pour 2 h de conversation, de jeux ou de promenade, après une rencontre de présentation offerte. Notre page sur la dame de compagnie à Paris en détaille le déroulement.
Un après-midi d’ennui est un après-midi où l’on attend encore quelque chose. À vous, avec elle, de trouver quoi.
Questions fréquentes
Ma mère dit « je ne fais rien » mais refuse toute activité : par où commencer ?
Par lui demander quelque chose plutôt que par lui proposer quelque chose : une recette, un conseil, un souvenir. Qui refuse une activité accepte souvent de rendre service, parce qu’il redevient celui qui donne.
Une télévision allumée toute la journée est-elle un signe d’ennui ?
Pas forcément : une radio ou une télévision allumée fait parfois simplement une voix dans la pièce. Ce qui compte, c’est ce que votre parent en dit, et la façon dont il l’écoute : avec intérêt, ou en la laissant parler seule.
Comment savoir si c’est de l’ennui ou une tristesse qui s’installe ?
Ce n’est pas à vous d’en décider. Si le désintérêt touche même ce qu’elle aimait et qu’il dure, parlez-en à son médecin traitant ; en cas de danger immédiat, composez le 15 ou le 112, et si elle parle de ne plus vouloir vivre, le 3114 répond jour et nuit.
Un philos peut-il jouer aux échecs ou aux cartes avec mon père ?
Oui : la conversation, les jeux de société, la promenade et la lecture à deux font partie des visites de 2 h. Nous tenons compte des centres d’intérêt de votre père quand nous choisissons le philos qui viendra.