Lire à voix haute à une personne âgée : quoi lire, comment, et où trouver des livres
Quand la vue fatigue, le journal reste plié sur la table et les livres montent la garde sur l’étagère. Lire à voix haute à une personne âgée remet ces pages en circulation : il suffit d’une chaise, d’un texte court et de l’envie de s’arrêter dès qu’elle a quelque chose à dire. Les livres, eux, s’empruntent gratuitement dans les bibliothèques de la Ville de Paris.
Pourquoi lire à quelqu’un qui sait lire
Parce que lire fatigue plus vite qu’autrefois, et qu’écouter n’use pas les yeux. Quand les lignes se brouillent en bas de page, des lecteurs de toujours renoncent sans le dire : le journal s’empile sur le buffet, le roman reste ouvert à la page 112 depuis le printemps, la loupe traîne près de la lampe.
Une voix qui lit apporte autre chose que le texte. Elle donne un rythme à l’après-midi, elle occupe la pièce sans l’encombrer, et elle se partage : vous entendez la même phrase au même instant, et vous avez de quoi vous répondre.
On n’en attend aucun résultat, et c’est une bonne nouvelle : on lit pour le plaisir, et le plaisir suffit. Si c’est la mémoire qui vous préoccupe, notre article sur la mémoire dit ce que la recherche sait, et ce qu’elle ne sait pas.
Quoi lire : ce qui se termine avant la fatigue
Choisissez court, et choisissez ce qui a une fin. Un texte qu’on finit ensemble laisse la petite fierté de l’avoir fait, et c’est elle qui donne envie de recommencer.
Le journal d’abord, mais jamais en entier. Lisez les titres à voix haute et laissez-la choisir : le quartier, le football, la région d’où elle vient. Passez le reste sans scrupule. Si elle y tient, lisez aussi le carnet du jour, où l’on retrouve parfois un nom connu, et laissez-la dire qui c’était.
Une nouvelle ensuite. Celles de Maupassant ou de Daudet (les Lettres de mon moulin, par exemple) se lisent d’une traite, avec un début, un milieu et une chute : le format rêvé pour la voix.
Pour un roman, prenez-en un qui supporte d’être découpé, un Maigret par exemple, aux chapitres courts. La semaine qui sépare deux lectures travaille pour vous : votre mère y devine la suite, la conteste, l’attend.
Les poèmes, surtout ceux qu’elle connaît déjà. Bien des gens de son âge ont appris des fables de La Fontaine à l’école et s’en souviennent encore : lisez le début d’une fable, laissez-la finir. Vous lirez de moins en moins, elle de plus en plus.
Et des lettres, si elle en a gardé : celles de sa mère, de son mari, les vôtres quand vous aviez dix ans. Demandez-lui la permission, et lisez-les d’abord en silence : on ne sait jamais ce qu’elles contiennent.
Comment lire à voix haute : plus lentement, et en vous arrêtant
Lisez plus lentement que vous ne le pensez, et faites des pauses plus longues que vous n’oseriez. Une voix posée qui laisse respirer les phrases vaut mieux que la plus belle diction.
Asseyez-vous à côté d’elle plutôt qu’en face. Elle suit votre voix sans avoir à vous regarder, et peut jeter un œil sur la page quand un nom propre lui échappe. Une lampe sur le texte, pas dans ses yeux ; la radio éteinte ; et un mot au départ pour dire ce que vous allez lire et pour combien de temps, afin qu’elle sache où elle va.
Ne jouez pas les personnages. Une voix qui change à chaque réplique fatigue l’oreille ; gardez la vôtre et laissez le texte jouer, sauf si elle rit et en redemande.
Surtout, arrêtez-vous quand elle réagit. « Ça me rappelle… » est la meilleure phrase qu’un livre puisse faire dire : posez le livre sur vos genoux et écoutez. Ce qui vient alors est souvent le début d’un récit, que vous pourrez recueillir si elle le souhaite : l’article sur les souvenirs de vos parents explique comment.
Proposez-lui aussi, de temps en temps, de lire un paragraphe à son tour. Certains refusent ; d’autres s’en saisissent avec un plaisir d’écolier.
Si elle entend mal, ne forcez pas la voix : articulez, lisez plus lentement encore, et tournez-vous vers elle pour les passages qui comptent. Notre article sur la conversation avec un parent qui entend mal donne les bons réflexes.
Où trouver de quoi lire à Paris sans rien acheter
À la bibliothèque du quartier : l’inscription est gratuite, et l’emprunt de livres aussi. Les bibliothèques de la Ville de Paris, plus de soixante, accueillent tout le monde, Parisiens ou non : il faut une pièce d’identité en cours de validité, et l’abonnement se renouvelle chaque année. Les rayons comptent en général des textes en gros caractères, et des textes lus sur CD pour les soirs où votre voix manquera.
Deux médiathèques, Marguerite Yourcenar dans le 15e et Marguerite Duras dans le 20e, ont un pôle « Lire autrement », conçu pour les lecteurs aveugles et malvoyants : livres audio, livres en gros caractères, et, sur demande, quelqu’un peut faire avec eux le trajet entre la station de métro ou l’arrêt de bus et la médiathèque. Si la vue de votre parent a beaucoup baissé, un coup de téléphone à la médiathèque dira ce qu’elle peut lui prêter.
Si le livre imprimé est devenu trop pénible, il existe en France un réseau de bénévoles, les bibliothèques sonores de l’association des Donneurs de Voix : plus de cent bibliothèques et trois mille bénévoles, qui prêtent gratuitement des livres audio aux personnes empêchées de lire, de façon permanente ou temporaire. L’inscription est gratuite aussi, et demande des justificatifs. Une voix inconnue ne vaut pas la vôtre, mais elle rend les livres à ceux qui ne pouvaient plus les lire.
Quand vous ne pouvez pas être là chaque semaine
La lecture à voix haute voyage bien. Un chapitre par appel, le dimanche à la même heure, avec le même livre de chaque côté, et le téléphone devient une salle de lecture. Dix minutes de lecture au téléphone avec un petit-enfant peuvent donner à une grand-mère plus à raconter que trois questions sur l’école.
Quand le téléphone ne suffit plus, la lecture a aussi sa place dans les visites de Philia&Co. : elles durent 2 h, et comme c’est le même philos qui revient chaque semaine, un roman peut se lire chapitre après chapitre. La page dame de compagnie à Paris raconte comment se passe une visite.
Pour d’autres façons de remplir une après-midi à la maison, la liste est dans nos vingt idées d’activités à domicile.
Cette semaine, apportez le journal du jour et aucune consigne. Lisez trois titres, puis taisez-vous un instant : votre mère choisira le quatrième.
Questions fréquentes
Ma mère s’endort quand je lui lis un livre : dois-je m’arrêter ?
Pas forcément. Une voix posée et un fauteuil confortable invitent à somnoler, et ce n’est pas un reproche fait à votre lecture. À son réveil, reprenez à la dernière phrase dont elle se souvient, ou choisissez l’heure où elle est la plus éveillée plutôt que juste après le déjeuner.
Combien de temps faut-il lire à voix haute chaque fois ?
Un quart d’heure suffit largement, et vingt minutes fatiguent déjà celui qui n’a pas l’habitude de lire à voix haute. Arrêtez-vous dès qu’elle réagit ou qu’elle s’agite sur sa chaise, sans attendre la fin du chapitre.
Peut-on lire à voix haute au téléphone ?
Oui, et c’est une bonne façon de rester présent de loin : un chapitre par appel, à heure fixe, avec le même livre de part et d’autre si possible. Choisissez un texte aux phrases courtes et vérifiez la qualité de la ligne : la voix passe mal sur une connexion médiocre.
Les bibliothèques sonores sont-elles réservées aux personnes aveugles ?
Elles s’adressent aux personnes empêchées de lire, de façon permanente ou temporaire, ce qui est plus large que la cécité. Le prêt de livres audio est gratuit, l’inscription aussi ; le dossier, avec les justificatifs demandés, se télécharge sur le site de l’association des Donneurs de Voix.