Stimuler la mémoire d’un parent âgé : sept habitudes à partager, et ce qu’on ignore encore
Un nom qui échappe, une date mélangée : votre parent le remarque, et vous aussi. Pour stimuler la mémoire d’une personne âgée, sept habitudes se partagent à deux et ne coûtent rien. La recherche, elle, en sait moins qu’on ne le dit.
Le nom de l’acteur est sur le bout de la langue, et il ne vient pas. On cherche, on propose, quelqu’un finit par le retrouver, et personne n’y repense. Le même trou, à quatre-vingts ans, fait échanger un regard entre les enfants, et ce regard conduit vite à la boutique : des mots croisés, une application, un cahier d’exercices.
Un oubli n’est pas forcément une maladie
Le portail officiel pour les personnes âgées le dit sans ambages : un nom ou une date qui échappe, un objet qu’on ne retrouve pas, ces trous de mémoire occasionnels font souvent partie du vieillissement normal. Il précise qu’un trouble de la mémoire n’est pas forcément une maladie, et qu’il peut avoir des causes très diverses, parmi lesquelles la fatigue, les effets secondaires d’un médicament ou l’isolement social.
Si les oublis vous inquiètent, pour vous ou pour un proche, le premier réflexe est d’en parler au médecin traitant. Si les troubles surviennent d’un coup et s’accompagnent d’autres signes (un mal de tête, un visage qui se paralyse, une perte de force dans un membre), on appelle le 15 ou le 112.
Ce que la recherche sait de la mémoire, et ce qu’elle ignore
Parmi les pistes évoquées ici, la mieux étayée tient en un mot : bouger. Pour les deux autres, l’entraînement cognitif et l’activité sociale, les preuves sont minces, comme le montrent les lignes directrices de l’OMS de 2019 sur le déclin cognitif et la démence. L’OMS y recommande avec force l’activité physique aux adultes dont la cognition est normale, pour réduire le risque de déclin cognitif. L’entraînement cognitif peut être proposé aux personnes âgées, mais sous condition, les preuves étant jugées de très faibles à faibles. Quant à l’activité sociale, les preuves sont insuffisantes pour la recommander dans ce but ; l’OMS ne la déconseille pas pour autant, parce qu’elle a, écrit-elle, de nombreux autres bienfaits pour la santé et le bien-être.
La Commission du Lancet sur la démence range, elle, le peu de contacts sociaux parmi les 14 facteurs de risque sur lesquels on peut agir (rapport de 2024), avec l’inactivité physique, la perte d’audition et la baisse de la vue. Ses auteurs précisent que cela vaut pour une population et ne garantit à aucune personne d’échapper à la démence. Les activités de groupe animées pour multiplier les contacts sociaux ont, de leur côté, donné des résultats inégaux sur la cognition générale.
Lisez ces phrases comme elles sont écrites : les preuves sont inégales, et personne ne peut promettre qu’une habitude, aussi bonne soit-elle, change l’histoire d’une mémoire.
Les applications d’entraînement servent-elles à quelque chose ?
À progresser dans l’application, surtout. Une revue de 2016 (Simons et ses collègues, Psychological Science in the Public Interest), qui ne porte pas sur les seules personnes âgées, a examiné les études que citent les fabricants eux-mêmes : elle trouve de nombreuses preuves que l’on s’améliore dans les exercices entraînés, moins pour des exercices voisins, et peu d’éléments montrant un effet sur des tâches éloignées ou sur la vie de tous les jours. En 2014, deux groupes de scientifiques avaient publié des lettres ouvertes contraires sur le sujet. Le désaccord est réel, et rien ne presse : inutile d’acheter.
Sept habitudes pour stimuler la mémoire, à deux
Le portail officiel pour les personnes âgées, mis à jour en avril 2026, dresse une liste d’habitudes simples pour stimuler et préserver sa mémoire : lire, écrire, jouer, discuter avec ses proches, apprendre de nouvelles choses, bouger, ranger et noter. La page ne cite pas d’étude à l’appui de cette liste ; ce sont de bonnes habitudes, qui ont l’avantage de se partager.
- Raconter à partir d’un détail. « Raconte-moi ton enfance » ne mène nulle part ; « de quelle couleur était la porte de l’école ? » ouvre tout. Un objet, une photographie, le nom d’une rue donnent à la mémoire une prise. On ne réclame pas des dates, on demande des images, et on écoute la suite. Ces récits méritent d’être gardés : recueillir les souvenirs de ses parents montre comment.
- Demander son avis sur l’actualité. Donner un avis, c’est chercher dans ses souvenirs, comparer, défendre une position : un petit travail, que votre père fera avec plaisir s’il se sent consulté. Le journal du matin, la rue qui change, la loi dont on parle : « qu’est-ce que tu en penses ? », puis « et de ton temps, comment c’était ? » Pour d’autres amorces, il y a les sujets de conversation avec une personne âgée.
- Jouer, de préférence à deux. Les cartes demandent de compter, de retenir ce qui est tombé, d’anticiper le jeu de l’autre. L’OMS est réservée sur l’entraînement cognitif, on l’a vu, mais une partie à deux a un avantage que l’application n’a pas : l’adversaire raconte, rit, conteste une règle. L’article sur les jeux de société pour personnes âgées dit lesquels se jouent bien à deux.
- Lire à voix haute. Lisez un chapitre ; la semaine suivante, avant d’ouvrir le livre, demandez : « où en étions-nous ? ». Retrouver le fil d’une histoire d’une semaine à l’autre est un petit effort de mémoire dont personne ne songe à se plaindre. La lecture à voix haute a ses ficelles : le rythme, les pauses, le choix du texte.
- Apprendre une chose minuscule. Une recette jamais faite, trois mots d’une langue, la fonction photographie de la tablette, le nom des arbres de la rue. Le portail cite une recette, un instrument de musique, l’informatique. On ignore si cela change quelque chose à la mémoire ; on y gagne, en tout cas, d’être débutant devant quelqu’un qui ne juge pas, et d’avoir de quoi parler la semaine suivante.
- Marcher. De toutes les habitudes de cette liste, seule l’activité physique est recommandée avec force par l’OMS pour réduire le risque de déclin cognitif. Une promenade à deux se prête à des exercices de mémoire que personne n’appelle ainsi : le nom de la boulangère, le chemin pris la semaine dernière, ce qui a changé dans la vitrine. La façon de la proposer est détaillée dans l’article sur les bienfaits de la marche pour les personnes âgées.
- Noter et ranger. Un agenda, des listes, un rappel sur le téléphone, et pour les clés et les lunettes une place attitrée, qui limite, selon le portail, les pertes et le stress. Proposez-le comme un outil qu’on partage, jamais comme un remède ; les gens qui ont beaucoup à retenir écrivent, et ils l’ont toujours fait.
Un dernier geste n’est pas une habitude mais un contrôle : faire vérifier la vue et l’ouïe. Le portail écrit qu’une mauvaise vision ou une perte auditive peuvent aggraver les troubles de la mémoire, et recommande des contrôles réguliers.
Chez Philia&Co., la visite de deux heures se passe en conversation, en jeux de société, en lecture et en promenades, avec la même personne chaque semaine. Ce n’est pas un programme de mémoire, et nous ne promettons rien pour la santé.
Quand un nom échappe à votre père, laissez-le chercher. Quelqu’un finira par le retrouver, et ce sera peut-être lui.
Questions fréquentes
Les mots croisés et les sudokus protègent-ils la mémoire ?
On ne le sait pas. Le portail officiel pour les personnes âgées les range parmi les habitudes utiles, mais l’OMS juge très faibles à faibles les preuves de l’entraînement cognitif et ne le propose que sous condition. Gardez-les pour le plaisir, qui est une raison suffisante.
Mon père a eu un trou de mémoire soudain : est-ce une urgence ?
Cela peut l’être. Le portail officiel demande d’appeler le 15 ou le 112 quand des troubles de la mémoire surviennent brusquement et s’accompagnent d’autres signes, comme un mal de tête, une paralysie du visage ou une perte de force dans un membre. Sans ces signes, un oubli qui vous inquiète se dit d’abord au médecin traitant.
Les applications d’entraînement cérébral fonctionnent-elles ?
Elles font progresser dans l’exercice entraîné. Une revue publiée en 2016 par Simons et ses collègues trouve en revanche peu de preuves d’un effet sur des tâches éloignées ou sur la vie de tous les jours.
Dois-je corriger mon père quand il se trompe de date ?
Pas à chaque fois. Si l’erreur est sans conséquence, laissez-la passer ; si elle compte, glissez la bonne date dans une phrase, sans la souligner, comme on le ferait avec n’importe quel interlocuteur.
Faut-il proposer des exercices de mémoire à mon père pendant mes visites ?
Mieux vaut des activités qui ont un sens pour lui : une partie de cartes, un récit, une promenade. Un exercice imposé se sent, et il gâche le plaisir qui fait revenir.