Jeux de société pour personnes âgées : ceux qui se jouent à deux, et comment les adapter
Les jeux de société pour personnes âgées ne manquent pas. Ce qui manque, d’ordinaire, ce sont les joueurs. Parmi les classiques, certains se jouent très bien à deux, d’autres réclament une vraie table, et tous peuvent s’adapter sans devenir puérils.
Le jeu de cartes dans le tiroir
Dans le tiroir du buffet, il y a presque toujours un jeu de cartes. Les coins sont mous, il manque peut-être le sept de trèfle, et personne n’y a touché depuis qu’on n’est plus quatre autour de la table.
Un jeu ne disparaît pas parce qu’on l’oublie. Il disparaît parce qu’on n’est plus assez nombreux pour y jouer : le partenaire de belote n’est plus là, le voisin a déménagé, les cousins vivent loin. Or la plupart des classiques se jouent à deux, ou se laissent arranger pour deux.
Le meilleur jeu pour une personne âgée n’est ni le plus « adapté » ni le plus « stimulant » : c’est celui qu’elle sait déjà jouer. Une règle connue par cœur laisse la tête libre pour bavarder, et le plaisir de gagner, le vrai, ne dépend pas de l’âge du joueur.
Les jeux de société classiques, un par un
Sur les tables de famille reviennent presque toujours les mêmes jeux, et chacun a sa façon de se jouer à deux, ou de s’en passer.
La belote. Le grand classique se joue d’ordinaire à quatre, en deux équipes, avec trente-deux cartes. À deux, il existe une variante, la belote à deux, dont la distribution diffère ; il suffit de relire la règle ensemble une fois, et ce sera déjà une façon de passer l’après-midi. Si votre père y joue depuis cinquante ans, laissez-le dicter les règles : les siennes font foi.
Le tarot. Il se pratique avec soixante-dix-huit cartes, à trois, quatre ou cinq joueurs, ce qui exclut les parties à deux. Gardez-le pour les jours où la famille est là, ou pour une partie à trois avec un voisin : c’est un jeu de table, pas un jeu de visite.
Le rami. Il se joue de deux à cinq joueurs, avec deux paquets de cartes, et il convient aux après-midi qui s’allongent : on pioche, on combine, et l’on peut bavarder entre deux coups. Des cartes à gros caractères rendent la partie nettement plus confortable quand la vue fatigue.
Le Scrabble. Quatre joueurs au plus, et très bien à deux ; c’est un jeu de mots, donc de conversation : on conteste, on cherche, on triomphe. Convenez au départ du dictionnaire de référence, de préférence celui de la maison, et jouez sans chronomètre.
Les dames et les échecs. Ces jeux de duel sont faits pour la visite : le silence y est permis, ce qui convient à ceux qui parlent peu. Si votre mère a joué autrefois, laissez-lui les blancs et le rythme de la partie ; et si c’est vous qui ignorez les règles, faites-vous enseigner les dames, qui s’apprennent vite. Personne ne refuse longtemps de montrer ce qu’il sait faire mieux que vous.
Les dominos. Vingt-huit pièces, de deux à quatre joueurs, et un jeu qui s’entend autant qu’il se joue : le claquement de la pièce posée sur la table. Les dominos aux points bien marqués se lisent sans effort, et la partie est vite faite.
Les petits chevaux. C’est le jeu des petits-enfants. Le hasard décide, ce qui met grands-parents et enfants à égalité, et les cris font le reste. Il est plus gai à plusieurs : on le garde pour les vacances ou le dimanche, quand les grands-parents et les petits-enfants se retrouvent.
Combien de joueurs, pour quelle visite
Deux joueurs suffisent au rami, au Scrabble, aux dominos, aux dames et aux échecs, et à la belote dans sa variante ; le tarot en demande au moins trois. Le tableau les range côte à côte, avec le moment où chacun se joue le mieux.
| Jeu | Joueurs | Ce qu’il demande | Pour quelle visite |
|---|---|---|---|
| Belote | 4, ou 2 en variante | La mémoire des cartes | Le dimanche en famille, ou à deux |
| Tarot | 3 à 5 | De la stratégie, de la patience | Quand la famille est là |
| Rami | 2 à 5 | Un coup d’œil, des cartes lisibles | Un après-midi long |
| Scrabble | 2 à 4 | Du vocabulaire, de la mauvaise foi | Une visite bavarde |
| Dames, échecs | 2 | De l’attention, pas de paroles | Une visite calme |
| Dominos | 2 à 4 | Des yeux, peu de règles | Une partie courte |
Adapter sans infantiliser
On adapte le décor avant de toucher à la règle. Un jeu qui ressemble à celui de la maison reste un jeu d’adulte ; un jeu aux gros pions de couleur, vendu « pour les seniors », se voit du premier coup d’œil.
- La lumière d’abord : une lampe orientable plutôt que le plafonnier.
- La hauteur de la table, pour qu’on s’y assoie sans se pencher, et un porte-cartes pour soutenir l’éventail quand la main fatigue.
- Le format : cartes à gros caractères, dominos aux points bien marqués.
- La durée : une manche plutôt qu’une heure, et l’on s’arrête sur une envie de continuer.
Ne comptez pas les points à la place de votre mère, ne soufflez pas le bon coup, et ne la laissez pas gagner : elle le verra, et il n’existe pas d’insulte plus polie. Si l’écart de force est trop grand, changez de jeu plutôt que de truquer la partie.
Ce que la recherche dit des jeux de société
Une étude américaine de 2003, celle de Verghese et de ses collègues, associe les jeux de société à un moindre risque de démence, mais elle ne prouve pas qu’ils protègent. Ses auteurs eux-mêmes demandent des essais contrôlés.
Publiée dans le New England Journal of Medicine, cette étude a suivi pendant environ cinq ans 469 personnes de plus de 75 ans, vivant hors établissement et sans démence au départ. Lire, jouer à des jeux de société, jouer d’un instrument de musique ou danser étaient associés à un moindre risque de démence. Le lien avec l’ensemble des activités intellectuelles tenait encore quand les chercheurs écartaient les personnes qui présentaient peut-être déjà les premiers signes de la maladie. Mais le résumé de l’étude pose lui-même la question : ces activités font-elles baisser le risque, ou s’en détourne-t-on au début de la maladie ?
On peut en retenir ceci, et rien de plus : les personnes qui jouent ont moins souvent développé une démence, sans que l’on sache si le jeu y est pour quelque chose. L’article sur la mémoire d’une personne âgée détaille ce que la recherche sait, et ce qu’elle ne sait pas. Un après-midi de belote reste, de toute façon, un bon après-midi.
La partie qui attend la semaine suivante
Chez Philia&Co., jouer fait partie des gestes d’une visite, avec la conversation, la promenade et la lecture à deux : le même philos revient le même jour à la même heure, et la partie reprend là où elle s’était arrêtée. Pour les jours sans partenaire de belote, d’autres idées sont réunies dans la liste de vingt activités à faire à domicile.
La plus belle partie est celle qu’on ne finit pas : les cartes restent retournées sur la table, et la semaine suivante quelqu’un demande à qui c’était de jouer.
Questions fréquentes
Quel jeu de cartes peut-on jouer à deux ?
Le rami se joue à deux, et la belote aussi dans sa variante pour deux joueurs. Le tarot, lui, se joue à partir de trois joueurs : on le garde pour les jours où la famille est là.
Mon père n’a jamais aimé les jeux de société : que lui proposer ?
Un jeu qui n’en a pas l’air : un puzzle laissé sur la table, une grille de mots fléchés qu’on cherche à deux. Il n’est pas obligé d’aimer jouer, seulement de se laisser prendre par un mot ou une pièce.
Faut-il laisser gagner une personne âgée ?
Non : elle s’en apercevra, et rien n’est plus vexant qu’une victoire offerte. Préférez un jeu où le hasard compte, ou jouez pour de bon et perdez de bonne grâce.
Quel jeu pour un grand-parent et un petit-enfant de six ans ?
Les petits chevaux, la bataille ou un jeu de mémoire : le hasard ou les yeux de l’enfant égalisent les chances. Gardez les parties courtes, et arrêtez-vous avant que l’un des deux se fatigue.
Faut-il acheter un jeu spécial pour seniors ?
Non. Un jeu connu vaut mieux qu’un jeu « adapté » : gardez ses cartes et ses dominos, et cherchez les mêmes en gros caractères si la vue baisse.