Garder le lien entre grands-parents et petits-enfants, malgré la distance et l’adolescence
Entre un grand-parent et un adolescent de quinze ans, c’est vous qui tenez le fil : vous prévenez, vous conduisez, vous rappelez. Le lien grands-parents petits-enfants repose rarement sur de grands projets ; il vit de quelques rituels que vous pouvez rendre faciles. Le garder vivant, malgré la distance et l’âge difficile, revient à en choisir peu et à s’y tenir.
Plusieurs petits-enfants, un seul fil : le vôtre
Un grand-parent a rarement un seul petit-enfant à suivre. Selon l’Insee, au-delà de 75 ans, les grands-parents en avaient en moyenne 5,2 en 2011, et le nombre variait beaucoup : 9 % des grands-parents n’en avaient qu’un, 12 % dix ou plus. Cinq anniversaires, cinq rentrées, cinq adolescences, et au milieu, le plus souvent, vous.
Ne cherchez pas à faire vivre le même lien avec chacun. Cherchez, pour chaque petit-enfant, une chose que lui et son grand-père, ou sa grand-mère, font ensemble, même brève. Le reste de l’année peut flotter autour.
Un jour fixe, dix minutes chacun
Un appel de dix minutes, à heure fixe, vaut mieux qu’une journée entière deux fois par an. Ce qui tient un lien, c’est le retour plus que la durée : on sait que jeudi, à la même heure, quelqu’un appellera.
Donnez à chacun son jour plutôt qu’un appel de groupe où personne n’a la parole : le mardi pour l’aînée, le jeudi pour le plus petit, une semaine sur deux quand ils sont nombreux. Le grand-parent sait ainsi qui il attend. Si l’appareil bloque, notre article sur l’appel vidéo avec les grands-parents explique comment choisir et régler une tablette simple.
Dans la boîte aux lettres
Une carte par mois et par petit-enfant suffit, pourvu que le grand-parent réponde : une correspondance vit de ses réponses, et c’est en répondant qu’il retrouve sa place. Une lettre se glisse dans un livre, s’appuie contre une lampe, se relit le soir.
Un adolescent écrira rarement une lettre, et vous n’en tirerez rien en l’exigeant. Il enverra plutôt une photo de sa journée, un dessin, le plan de ce qu’il construit dans son jeu ; à vous de dire à sa grand-mère que cela compte, et de lui apprendre à répondre par la même voie.
Aux vacances, un projet à deux mains
Un projet a une fin et un résultat ; « aller voir mamie » n’en a pas. Planter des tomates sur un balcon, refaire le gâteau dont la recette tient dans la tête de la grand-mère, scanner un album, monter ensemble une liste de chansons, jouer un petit tournoi de dames en trois parties : l’activité porte la conversation, et personne n’a à s’inventer des sujets.
Quand l’inspiration manque, les articles sur les jeux de société, les chansons de ses vingt ans et le récit de vie donnent chacun de quoi tenir une semaine d’été, et nos idées d’activités à la maison en ajoutent d’autres.
À quinze ans, un rôle plutôt qu’une corvée
Un adolescent ne veut pas « aller voir mamie » ; il accepte volontiers de montrer ce qu’il sait faire à quelqu’un qui le regarde. Donnez-lui donc un rôle. Il règle la messagerie de sa grand-mère, il lui apprend à envoyer une photo, il l’interroge pour un exposé sur le quartier ou sur la vie en 1960. Et dans l’autre sens, elle lui montre un geste que personne d’autre ne connaît : mener une partie de belote, reprendre une maille.
Pour commencer petit, demandez à votre fils de photographier ce qu’il mange ce soir et de l’envoyer à sa grand-mère, sans autre commentaire : elle a des opinions sur le gratin.
Ce que la recherche sait, et ignore, des liens entre générations est réuni dans l’article sur les bienfaits du lien intergénérationnel. Une partie de belote vaut d’être jouée pour elle-même.
La place du grand-parent : ni nounou, ni musée
Demandez à votre père ce qu’il a envie de faire avec les petits, et laissez-lui le droit de dire non. Un grand-parent n’est pas un mode de garde gratuit, et il n’est pas davantage la vitrine des souvenirs de famille : il a des opinions sur le présent, qu’on a tort de ne jamais lui demander.
La recherche distingue des situations très différentes. Une revue de 2022, qui a réuni 117 études publiées entre 1978 et 2019, trouve que, dans 68 % des cas étudiés, élever ses petits-enfants à la place des parents était associé à une santé ou à un moral moins bons pour le grand-parent, et que, dans 69 %, rester présent sans vivre avec eux était associé à une meilleure santé ou à un meilleur moral. Les auteurs jugent le lien de cause à effet peu établi.
Lien grands-parents petits-enfants : quand la distance s’en mêle
La distance ne se rattrape pas, elle se remplace : le rituel prend la place de la proximité. Un message chaque dimanche, une carte chaque mois, une semaine d’été ensemble valent plus qu’un grand week-end annoncé et jamais pris. Si vos parents sont loin de vous, l’article sur vivre loin de ses parents âgés détaille les relais.
Si les petits-enfants sont trop loin, il reste d’autres enfants. Le programme Lire et faire lire, proposé par la Ligue de l’enseignement et l’Union nationale des associations familiales, recrute des bénévoles qui ont plus de cinquante ans pour lire à des enfants à l’école, dans un centre de loisirs ou en bibliothèque. Notre article sur la lecture à voix haute donne quelques conseils de rythme et de pauses.
Une semaine chez eux, sans vous
Un grand-parent et un petit-enfant seuls dans une pièce se parlent autrement que sous le regard du parent qui corrige, traduit et complète. Une semaine chez les grands-parents sans vous, quand l’enfant a l’âge et l’envie d’y aller, est peut-être le cadeau le plus utile que vous leur fassiez.
Questions fréquentes
Mon fils de quinze ans ne veut plus voir sa grand-mère : faut-il l’y obliger ?
Obliger donne rarement ce qu’on cherche. Proposez-lui un rôle ou un projet de dix minutes plutôt qu’une visite, et acceptez qu’il vienne moins souvent s’il reste en lien par un message ou une photo.
Combien de petits-enfants un grand-parent a-t-il en moyenne ?
Les grands-parents de plus de 75 ans en ont 5,2 en moyenne, selon l’Insee (enquête Famille et logements de 2011, publiée en 2013). Le nombre varie beaucoup : 9 % des grands-parents ont un seul petit-enfant, 12 % en ont dix ou plus.
Mon père se plaint que ses petits-enfants l’appellent peu : que lui répondre ?
Évitez de défendre les petits-enfants comme de leur faire la leçon. Proposez une habitude simple, un message le dimanche, et suggérez à votre père d’écrire le premier : on répond plus volontiers à une question qu’à un reproche.
Un grand-parent dont les petits-enfants vivent loin peut-il lire à d’autres enfants ?
Oui : le programme Lire et faire lire, proposé par la Ligue de l’enseignement et l’Union nationale des associations familiales, recrute des bénévoles qui ont plus de cinquante ans pour lire à des enfants dans les écoles, les centres de loisirs, les crèches ou les bibliothèques.