Ce que les générations se donnent : le lien intergénérationnel, ses bienfaits et ses limites
Les générations vivent désormais plus longtemps ensemble, sans toujours se rapprocher. Les bienfaits du lien intergénérationnel sont-ils démontrés ? L’OMS en dit une partie, la recherche laisse le reste ouvert, et chaque génération a quelque chose à donner à l’autre.
« Jamais nous n’avons vécu aussi longtemps ensemble ! »
La phrase est celle du site Pour bien vieillir, que publient les caisses de retraite en partenariat avec Santé publique France. Elle est exacte au sens le plus simple : selon l’OMS, jamais autant de petits-enfants n’ont eu des grands-parents encore en vie. Cela ne rapproche pas forcément les âges : dans son rapport mondial de 2021, l’OMS estime qu’une personne sur deux dans le monde a des attitudes âgistes envers les personnes âgées, c’est-à-dire des stéréotypes, des préjugés ou des discriminations fondés sur l’âge.
On peut donc vivre longtemps côte à côte sans se rencontrer.
Ce que le lien intergénérationnel change, et ce qu’on ne mesure pas
Les actions qui rapprochent les générations atténuent un peu les préjugés, et davantage ce que l’on croit savoir du vieillissement. C’est le résultat que l’OMS met en avant, et c’est un résultat sur les idées, pas sur la santé. Dans son rapport, elle range ces actions parmi les moyens les plus efficaces de réduire l’âgisme envers les personnes âgées : une revue de 21 interventions y trouve un effet petit sur les attitudes et modéré sur les connaissances, presque toujours dans des pays à revenu élevé.
Ces interventions reposent sur des gestes modestes : l’OMS cite des personnes de générations différentes qui jouent ensemble, jardinent, font de l’art ou s’enseignent quelque chose l’une à l’autre. La théorie du contact entre groupes, qui explique leurs effets, pose des conditions : un statut égal, un but commun, de la coopération, l’appui des autorités, de la loi ou de la coutume. Une partie de cartes en réunit déjà une : le grand âge y compte moins que le tirage, et l’on joue à égalité.
Ce que chacun emporte
Pour les personnes âgées, le contact entre générations peut, écrit l’OMS, améliorer la santé et le bien-être, renforcer l’estime de soi, alléger la détresse et la solitude, donner le sentiment de faire partie d’un ensemble. Le verbe est « peut », et il n’est suivi d’aucun chiffre. Le rapport associe l’âgisme, chez les personnes âgées, à une moins bonne santé physique et mentale et à davantage d’isolement et de solitude ; il ne mesure pas, en revanche, ce que le contact leur rend.
Le rapport détaille quatre exemples, et le plus parlant ne tient presque à rien. À Singapour, des personnes âgées (76 ans en moyenne), venues d’un centre d’activités, et des élèves (17 ans en moyenne) ont joué par deux à des jeux vidéo, six fois en deux mois. Comparés à un groupe témoin, les uns comme les autres se disaient ensuite moins gênés, plus confiants face à l’autre âge, et jugeaient l’autre plus sage, plus intéressant, plus actif. Chez les plus âgés, le plaisir pris au jeu avait joué un rôle important dans cet apaisement ; chez les élèves, non.
Ce que les plus jeunes en retirent est moins facile à dire. Une manière de parler, des mots qu’on n’emploie plus, la preuve qu’on peut vieillir en restant drôle, têtu, curieux. L’OMS note d’ailleurs que, pour beaucoup de petits-enfants, les grands-parents sont le premier contact avec une personne âgée, et le plus fréquent. Ce que cela fait à celui qui transmet, se sentir utile, est un autre sujet, celui du sentiment d’utilité d’une personne âgée. Et pour les petits-enfants eux-mêmes, des idées pour garder le contact sont réunies dans l’article sur le lien entre grands-parents et petits-enfants.
Un philos n’a pas besoin d’avoir vingt ans
Un philos peut avoir 25 ans, ou 45, et ce n’est pas ce qui compte. Entre un philos de 45 ans et un monsieur de 85, il y a quarante ans d’écart, plus d’une génération, et nul besoin d’être étudiant pour cela. Chez Philia&Co., nous le choisissons à la main, après un entretien en personne, pour son caractère : la gentillesse d’abord, mais aussi la politesse, le savoir-vivre, la bienveillance. Il revient chaque semaine à jour fixe. Ce n’est pas l’un des programmes que décrit l’OMS, et nous ne prétendons pas en reproduire les effets : c’est de la compagnie, deux heures à la fois, que la page dame de compagnie à Paris explique de bout en bout.
Ce qu’on ignore encore
On ignore surtout si ces programmes font du bien. Une revue de 2021 sur ceux qui réunissent des adultes âgés vivant chez eux et des enfants hors de leur famille (Peters et collègues) a retenu 16 études : toutes rapportent des effets positifs en général, mais les mesures varient et les évaluations n’étaient pas menées en aveugle. Ses auteurs concluent qu’il n’existe de preuve forte ni pour, ni contre, et jugent urgent de mener des recherches solides, tant ces programmes gagnent en popularité.
L’OMS ajoute qu’en 2021 aucune étude n’avait pris pour objet principal l’effet, sur l’âgisme, des liens entre petits-enfants et grands-parents ou des amitiés entre générations. La relation de tous les dimanches, celle qui nous semble aller de soi, n’avait donc pas été évaluée comme un moyen de réduire l’âgisme.
Il suffit de peu, parfois : un puzzle à moitié fait, un jeu de cartes, trois pots de basilic sur un balcon. Autour de la table, le plus jeune n’a plus à être poli, le plus âgé n’a plus à être sage, et l’un des deux finit par tricher.
Questions fréquentes
S’impliquer dans des activités avec des plus jeunes fait-il du bien à un parent âgé ?
Le portail Pour bien vieillir écrit que ces activités améliorent la qualité de vie et peuvent renforcer l’estime de soi, en renvoyant à des études scientifiques qu’il ne nomme pas. Il parle de la famille, du voisinage et du bénévolat, pas d’un service payant.
Qu’est-ce que l’âgisme ?
Selon l’OMS, ce sont les stéréotypes (ce que l’on pense), les préjugés (ce que l’on ressent) et les discriminations (ce que l’on fait) dirigés contre des personnes à cause de leur âge. Son rapport mondial de 2021 estime qu’une personne sur deux dans le monde a des attitudes âgistes envers les personnes âgées.
Le lien entre générations vaut-il aussi pour un adolescent ?
L’exemple de Singapour que décrit l’OMS le laisse penser : des élèves ayant joué par deux avec des personnes âgées se disaient ensuite moins gênés et plus confiants face à l’autre âge. C’est un exemple décrit par l’OMS, pas une règle.
Les programmes qui réunissent des écoliers et des personnes âgées ont-ils fait leurs preuves ?
Pas encore de façon solide. Une revue de 2021 portant sur 16 études conclut qu’il n’y a de preuve forte ni pour, ni contre ces programmes : tous rapportent des effets positifs en général, mais les mesures varient et les évaluations se faisaient sans aveugle.