Activités à faire à domicile avec une personne âgée : vingt idées, et comment commencer
Il pleut, la sortie est annulée, et l’après-midi s’étire devant vous deux. Vingt activités à domicile pour une personne âgée, rangées en sept groupes, chacune avec la façon la plus simple de commencer. Aucune n’exige de savoir faire quoi que ce soit : seulement de s’y mettre à deux.
Par quelle activité à domicile commencer ?
Commencez par une seule activité, et prenez-la dans ce que votre mère faisait déjà. Un ouvrage de tricot qui dort dans un panier, un jeu de dames rangé en haut de l’armoire, un poste de radio réglé sur la même station depuis trente ans : l’envie est souvent là, et ce qui manque, c’est quelqu’un avec qui s’y mettre.
À domicile ne veut pas dire enfermé. Une activité chez soi vaut d’abord par ce qu’elle laisse de côté : le trajet, la météo, la crainte de ne pas suivre le groupe. Les idées ci-dessous se regroupent par thème, et chacune dit comment commencer demain, presque toujours avec ce qu’on a déjà sous la main.
Parler : la plus simple, et la moins facile
Parler ne demande aucun matériel, et c’est ce qui le rend difficile : on ne sait jamais par où commencer.
1. Le café d’un moment fixe
Le même jour, à la même heure, deux tasses sur la table du salon. Ce n’est pas une activité au sens strict, c’est le cadre où toutes les autres tiennent debout ; installez-le d’abord, avant d’y ajouter autre chose. Pourquoi un jour fixe compte tant : l’importance de la routine.
2. Une question par visite
Préparez une seule question, précise, et laissez-lui la place d’y répondre longuement : « Quelle est la première chose que tu as achetée avec ton propre argent ? » ouvre plus de portes que « Comment ça va ? ». Il en existe trente toutes prêtes, rangées par thème.
3. L’avis sur l’actualité
Lisez un seul article du journal du jour et demandez à votre mère ce qu’elle en pense. Elle a lu des journaux toute sa vie, et elle a sûrement un avis. Écoutez la réponse sans répliquer : le but n’est pas d’être d’accord, mais de lui rendre le rôle de celle qui sait.
Jouer : un prétexte pour rester assis face à face
Un jeu occupe les mains et laisse la conversation venir toute seule, ce qui en fait une bonne porte d’entrée pour ceux qui parlent peu.
4. Les cartes
Rami, bataille, belote à deux : un jeu de cartes se sort en trente secondes et se joue très bien à deux. Commencez par celui que votre mère connaît, avec les règles de la maison, même si elles ne sont pas celles du livre. Les classiques, et ceux qui exigent plus de joueurs que vous n’êtes, sont passés en revue dans le guide des jeux de société pour personnes âgées.
5. Les jeux de lettres
Mots croisés, mots fléchés, Scrabble : les mots font parler. Pour une grille, lisez les définitions à voix haute, laissez l’autre chercher, et ne donnez pas la réponse trop vite ; la moitié du plaisir est de se disputer sur un mot. Le Scrabble, lui, se joue très bien en duel.
6. Le puzzle sur la table
Un grand puzzle prend des semaines, et c’est tout son intérêt : chaque visite ajoute quelques pièces, et la table garde le travail en cours. Prenez une image qu’elle aime, des pièces assez grandes, une table où l’on peut le laisser en place.
7. Les dames ou les échecs
Deux joueurs, un plateau, et le droit de ne rien dire pendant dix minutes. On parle souvent plus aisément en regardant un damier qu’en se regardant dans les yeux, et la conversation vient entre deux coups. Inutile d’être fort : on joue pour avoir quelque chose à commenter.
Lire et se faire lire
Quand la vue baisse, la lecture devient un effort, alors que le plaisir d’entendre une phrase bien dite demeure.
8. Le journal à voix haute
Prenez une page, un portrait, la chronique qu’aime votre père, ou les faits divers. Lisez lentement et arrêtez-vous aux phrases qui le font réagir. Le rythme, les pauses, les textes qui marchent le mieux : tout cela est dans le guide de la lecture à voix haute.
9. Un roman, un chapitre par visite
Un roman lu par chapitres, d’une visite à l’autre, donne une raison d’attendre la suivante. Prenez un livre que votre père connaît déjà, car on relit avec plaisir, ou un roman-feuilleton, écrit pour être lu par morceaux. Marquez la page avec un ticket de métro : le signet fait partie du rituel.
10. La bibliothèque du quartier
Les bibliothèques de la Ville de Paris, plus de soixante, sont ouvertes à tous, Parisiens ou non : l’inscription est gratuite, et l’emprunt des livres aussi. Ce qu’on y trouve pour des yeux fatigués est détaillé dans le guide de la lecture à voix haute. Y aller est une sortie, rapporter les livres en est une autre.
Écouter : la musique et la radio
La musique ramène des souvenirs sans passer par la conversation, et la radio tient compagnie sans rien demander.
11. Les chansons de ses vingt ans
Retrouvez ce que votre père écoutait à vingt ans : un disque, une chanson, un air qu’on entendait dans toutes les cuisines. Lancez la musique sans commentaire et regardez ce qui se passe : un pied qui bat la mesure, un nom qui revient. Pour aller plus loin : la musique et les souvenirs.
12. L’émission de la semaine
Choisissez une émission, la même chaque semaine, et écoutez-la ensemble : on commente, on s’agace, on rit. La radio a l’avantage de remplir le silence sans exiger de conversation, puis d’en fournir une.
Se souvenir : photographies, récits, lettres
Se souvenir est l’activité où votre mère est la seule à savoir. Rien n’y est à apprendre, tout est à raconter.
13. Le carton de photographies
Il y a presque toujours, quelque part, un carton à chaussures plein de photographies jamais triées. Sortez-en dix, posez-les sur la table et demandez qui est qui, où, en quelle année. Au dos de chacune, écrivez au crayon le nom, le lieu, la date : les petits-enfants vous en seront reconnaissants, et elle aussi.
14. Le récit d’une vie, par morceaux
Toute une vie est trop vaste à raconter d’un coup ; un morceau par semaine, c’est possible : la rue de l’enfance, le premier travail, le mariage. Posez un téléphone sur la table, avec l’accord de votre mère, et enregistrez. La méthode complète est dans l’article sur les souvenirs de ses parents.
15. La lettre dictée
Elle dicte, vous écrivez : une lettre à un petit-fils, à une cousine, à une amie d’enfance qu’elle n’a pas vue depuis longtemps. Une lettre manuscrite fait toujours plaisir à recevoir, et celle-ci a un autre mérite : pour la dicter, il faut chercher ses mots, donc raconter.
Les écrans, quand ils rapprochent
Un écran ne tient compagnie à personne, mais il peut apporter chez soi des visages et des lieux qu’on ne verrait plus.
16. L’appel vidéo à heure fixe
Une tablette sur un support, une application, un petit-enfant à l’autre bout, toujours à la même heure. Le plus dur est de commencer : installez tout une fois pour toutes, collez sur la tablette une étiquette « appeler », faites le premier appel ensemble. Le pas à pas est dans la tablette et l’appel vidéo.
17. Retrouver sa rue d’autrefois
Saisissez, sur la tablette, l’adresse où votre père a grandi. Les plans en ligne montrent la rue d’aujourd’hui ; pour celle d’autrefois, il y a Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France, qui met gratuitement en ligne plusieurs millions de documents, anciens et récents. Cherchez-y le nom de sa rue, puis regardez ensemble ce qu’on y trouve : votre père vous dira ce qui a changé.
Les mains : faire quelque chose de ses doigts
Les mains qui travaillent délient souvent la parole, et l’ouvrage donne à la visite un objet sur lequel poser les yeux.
18. L’ouvrage laissé en plan
Un tricot commencé, une broderie, une tapisserie : reprendre l’ouvrage en cours, c’est reprendre la conversation là où l’on s’était tu. Si les yeux fatiguent, un fil plus épais change tout.
19. Un pot sur le rebord de la fenêtre
Un pot de basilic, un bulbe qui fleurira en hiver, une plante verte sur le rebord : s’occuper de quelque chose de vivant donne une raison de regarder la fenêtre chaque matin. Choisissez-en une qui pardonne les oublis.
20. Le carnet de croquis
Un crayon, un carnet, les toits d’en face pour modèle. Personne n’est obligé de savoir dessiner ; dessiner les mêmes toits à plusieurs saisons suffit. Le carnet garde la trace de ce qu’on a regardé, et c’est une autre façon de raconter la semaine.
La personne qui arrive avec l’activité
Une activité ne fait pas une visite : ce qui la rend vivante, c’est la personne qui l’apporte. Chez Philia&Co., le philos n’est pas un animateur et n’a aucun programme à dérouler. Nous le choisissons à la main : la gentillesse d’abord, puis la politesse, le savoir-vivre et la bienveillance. Pendant les 2 h de sa visite, chaque semaine, on joue, on lit à deux, on bavarde ou l’on sort faire un tour, selon l’envie du jour. Ce qu’est une visite, concrètement, se lit sur la page consacrée à la dame de compagnie à Paris.
Une activité n’est pas un programme
Aucune de ces activités n’est un traitement, et il n’y a pas de programme à suivre : on choisit ce qui plaît.
Dans ses lignes directrices de 2019 sur le risque de déclin cognitif et de démence, l’OMS recommande l’activité physique aux adultes dont la cognition est normale. Pour l’activité sociale, elle juge les preuves insuffisantes pour la recommander dans ce but, sans la déconseiller pour autant : elle lui reconnaît bien d’autres bienfaits pour la santé et le bien-être. Si une activité ennuie, on la change sans regret : il restera toujours la radio et deux tasses sur la table. On n’a pas besoin d’une raison médicale pour jouer aux cartes, et mieux vaut ne pas en chercher.
Questions fréquentes
Quelle activité choisir quand on ne sait pas ce qu’aime sa mère ?
Regardez ce qui traîne : l’ouvrage dans le panier, le livre de poche entamé, le disque sorti de sa pochette. À défaut, demandez-lui ce qu’elle faisait le dimanche à vingt ans : la réponse suggère souvent une activité.
Faut-il une activité différente à chaque visite ?
Non. La répétition rassure : le chapitre qu’on reprend, la partie de dames laissée en plan font attendre la visite suivante. On change quand votre parent en a envie, pas par principe.
Combien d’activités prévoir pour deux heures ensemble ?
Deux au plus : une qui occupe les mains, une qui occupe la conversation, avec du temps libre entre les deux. Le meilleur moment est souvent celui que personne n’avait prévu.
Mon père n’a jamais eu de loisirs : par quoi commencer ?
Par ce qui n’a pas l’air d’un loisir : la radio sur la même station, le journal du jour, un café à heure fixe. Demandez-lui son avis sur un article, ou une histoire de son métier : on se laisse plus volontiers prendre par une conversation que par une activité.
Que faire quand ma mère dit « je ne sais rien faire de mes mains » ?
Ne la contredisez pas, demandez-lui de vous montrer. Elle a su faire mille choses de ses mains, et expliquer un geste (un point de tricot, un nœud, la façon de plier une nappe) la remet dans la position de celle qui apprend aux autres. Si ses doigts font mal ou tremblent, c’est au médecin traitant qu’il faut en parler.