L’importance de la routine pour une personne âgée : ce qu’un jour fixe donne à la semaine
L’importance de la routine, pour une personne âgée, tient moins à l’habitude qu’aux repères : un marché le samedi, un appel le dimanche, une visite le mardi à 15 h. Quand le travail cesse de rythmer la semaine, ces repères la tiennent debout ; reste à en poser sans rien raidir.
Pourquoi la routine compte pour une personne âgée
La routine compte, pour beaucoup, parce que le travail rythmait la semaine et que plus rien ne la rythme après lui. On se moque du « métro, boulot, dodo » pendant des années, et l’on découvre à la retraite ce que valaient les trois. Un matin de mars, il n’y a plus de métro à prendre ni de bureau qui attende, et rien ne fixe plus l’heure du lever. La semaine, qui avait une forme, devient une étendue.
Le mot « routine » a mauvaise réputation, et il la mérite quand il désigne l’ornière. Mais il existe une autre routine, celle des repères : le jour du marché, l’heure du café, le coup de téléphone du dimanche. Pour qui vit seul, ces repères sont ce qui fait de sept jours semblables une semaine.
Ce que le travail apportait sans le dire
Le travail apportait un salaire, mais aussi, sans que personne le dise, une structure du temps. C’est la psychologue sociale Marie Jahoda qui l’a décrit, en étudiant Marienthal, un village autrichien dont l’usine textile, seul grand employeur local, avait fermé pendant la Grande Dépression.
Les chômeurs de Marienthal disposaient soudain d’un temps immense, que l’étude appelle un « cadeau tragique », fait de journées désordonnées et gâchées. Jahoda en a tiré, plus tard, une théorie. En plus du salaire, un emploi apporte, selon elle, cinq choses qui ne figurent sur aucun contrat : une structure du temps, des contacts avec d’autres, la participation à un but collectif, un statut, une activité.
Une méta-analyse de 2023, publiée dans Frontiers in Psychology, a rassemblé les études qui ont mis cette théorie à l’épreuve. Elle trouve que les retraités se disent presque aussi privés que les chômeurs de ce que l’emploi apportait en dehors du salaire. Cela décrit ce qui manque ; cela ne prouve pas qu’un horaire fixe suffirait à le remplacer.
L’OMS décrit le même passage de la vie dans le rapport de 2025 de sa Commission sur le lien social : l’avancée en âge, souvent marquée par la retraite, le deuil et la perte de contacts, comporte un risque plus élevé d’isolement social. Un repère hebdomadaire ne prétend pas écarter ces risques : il donne seulement une forme à la semaine.
Un moment fixe donne une raison de s’habiller
Un moment fixe donne une raison de s’habiller, et c’est déjà beaucoup. Le mardi à 15 h, quelqu’un sonnera : on met des chaussures, on se coiffe, on range un peu le salon, on a quelque chose à raconter.
Le repère commence bien avant l’heure. Le lundi soir, on sait que demain est mardi ; le mardi matin, on se demande ce qu’on racontera ; le mercredi, on commente. Un seul repère de ce genre colore trois jours. À l’inverse, une semaine sans repère s’écoule sans relief : on ne sait plus si l’on est jeudi ou vendredi, et cela ne gêne personne, puisque personne n’attend rien d’un jeudi.
Rythme n’est pas rigidité
Une bonne routine est une routine qu’on a choisie, et qui laisse du jeu. La rigidité commence quand le rythme devient un règlement : le déjeuner à 11 h 30 parce que c’est l’heure, le journal télévisé comme seule fenêtre, le fauteuil qui tourne le dos à la porte. Ces habitudes ferment la semaine au lieu de l’ouvrir. Un repère se reconnaît à ceci : il tourne vers l’extérieur.
L’erreur des enfants est de composer l’emploi du temps de leur parent : lundi gym, mardi atelier, jeudi coiffeur. Un parent n’est pas un planning. Demandez à votre mère quel jour de la semaine elle aime le mieux, et partez de là.
Gardez le cadre fixe et le contenu libre. Même jour, même heure, mais on joue ou l’on marche, on parle ou l’on se tait, selon l’humeur. Quand elle est fatiguée, le mardi tient quand même : on prend le thé, on écoute un disque, et c’est suffisant.
Un repère se partage avec le voisinage
Un repère a un mérite discret : il se partage. Si le marchand de journaux sait que votre père passe le jeudi à neuf heures, il remarquera le jeudi où celui-ci ne passe pas, et il demandera des nouvelles le lendemain. C’est de l’attention de voisinage, et elle ne tient que parce que des horaires existent. Plus la semaine de votre père compte de repères, plus il y a de gens qui se réjouissent de le voir passer.
Poser un premier repère
Commencez par un seul. Prenez un jour que votre parent aime déjà, celui du marché, ou le dimanche des appels. Fixez une heure et tenez-la : l’attente est faite de cette exactitude. Donnez un nom au moment, « le café du jeudi », puisque ce qui a un nom existe davantage. N’ajoutez le second repère que lorsque le premier tient depuis quelques semaines.
Votre propre coup de téléphone en est un, et il compte plus qu’on ne le croit : l’article sur les appels à ses parents âgés dit comment le tenir sans l’alourdir. Quant au contenu d’une visite, il importe moins que le fait d’être là ; si l’idée manque, les vingt activités à faire à domicile suffisent à remplir bien des mardis.
Le même jour, la même heure, la même personne
Chez Philia&Co., c’est le principe même de la visite : le même philos, le même jour, à la même heure, pendant 2 h chaque semaine. Ce qu’on y fait, en revanche, change selon l’envie du jour : une promenade, une partie de cartes, un café, une exposition. Nous choisissons ce philos à la main, pour sa gentillesse, et il prend un engagement de présence sur six mois : un repère se construit sur la durée. Comment cela commence, on le lit sur la page de la dame de compagnie à Paris.
Le jour venu, on met ses chaussures du dehors : c’est à cela qu’on reconnaît un repère.
Questions fréquentes
À quelle heure fixer une visite régulière chez une personne âgée ?
Au moment de la journée où elle se sent le mieux, et c’est à elle de le dire. Certains préfèrent le début d’après-midi, d’autres la fin de matinée : demandez, ne devinez pas.
Que faire quand mon père refuse tout changement à ses habitudes ?
Ne remplacez rien, ajoutez. Gardez ses habitudes et placez un seul repère nouveau à côté, un jour qu’il aime déjà. Un changement qui ne lui enlève rien se discute plus facilement.
Faut-il maintenir le jour fixe quand la personne âgée est fatiguée ?
Oui, en changeant le contenu et non le jour : un thé, un disque, quelques pages lues. Le repère tient parce qu’il revient, même les mauvais jours ; si elle préfère être seule ce jour-là, on l’écoute et on reprend la semaine suivante.
Une semaine entièrement libre est-elle un problème ?
Pas en soi : certains y tiennent, et c’est leur droit. La question est de savoir si un jour se distingue encore des autres. Un ou deux repères par semaine suffisent à lui rendre du relief.