Appeler ses parents âgés tous les jours : le bon rythme, et le plan si personne ne répond
Faut-il appeler ses parents âgés tous les jours ? Pas forcément : ce qui compte, c’est un rythme que votre mère ou votre père attend, et que vous pouvez tenir. Voici comment le trouver, quoi dire quand on n’a rien à raconter, comment se relayer entre frères et sœurs, et ce qu’il faut avoir convenu avant qu’un appel reste sans réponse.
Le métro est plein, il est dix-huit heures passées, et vous ne savez plus si vous avez appelé votre mère hier ou avant-hier. La question n’est pas d’atteindre un nombre d’appels. Elle est de savoir à quoi ressemble, pour elle, une semaine avec vous au téléphone.
Faut-il appeler ses parents âgés tous les jours ?
Pas forcément, et c’est parfois la moins bonne formule. Un appel quotidien qui se réduit à « ça va ? » finit par ressembler à un pointage, pour elle comme pour vous. Deux ou trois appels par semaine, à heure fixe et assez longs pour une vraie conversation, valent souvent mieux qu’un appel quotidien de quatre minutes.
Un appel quotidien convient pourtant à ceux qui y tiennent, elle comme vous. Le test est simple : quand vous demandez « Alors, quoi de neuf ? », garde-t-elle une anecdote pour vous ? Si oui, le rythme est bon ; s’il faut chaque fois chercher un sujet, espacez. Quant au signe de vie quotidien, c’est autre chose : un SMS « bien levée » suffit, et il est traité dans l’article inquiet pour sa mère qui vit seule.
À quelle heure ? À celle qu’elle choisit, en dehors des repas et du journal télévisé, et toujours la même. Un appel attendu se prépare : elle est installée, elle a gardé quelque chose à dire. Un appel surprise tombe parfois au mauvais moment, et vous le sentez à sa voix.
Que dire quand on n’a rien à raconter ?
Posez de petites questions précises, à la place de « comment ça va ? ». Elles se répondent en une phrase, et la phrase suivante vient d’elle-même.
- « Qui as-tu croisé au marché, cette semaine ? »
- « Qu’est-ce que tu as écouté à la radio ? »
- « Qu’est-ce qui t’a fait rire ? »
- « Comment faisait grand-mère pour sa pâte à tarte ? J’ai un dessert à faire samedi. »
La dernière a un avantage : vous demandez un conseil, et un conseil rend utile celui qui le donne. Ajoutez un détail de votre propre journée, une chose vue dans la rue, une phrase entendue au bureau, et l’échange devient équitable. Une photo envoyée avant l’appel (le chat, le dîner, la fenêtre de votre bureau) fournit un premier sujet. Évitez l’inventaire : « tu as bien mangé, tu as fermé le gaz ? » est une question de contrôleur, et elle se reçoit comme telle. Pour d’autres pistes, voyez sujets de conversation avec une personne âgée ; pour l’état d’esprit, parler d’adulte à adulte et jamais comme à un enfant, comment parler à ses parents âgés.
Téléphone ou vidéo ?
Téléphone par défaut, vidéo pour qui l’aime. L’écran apporte le visage et la pièce derrière lui, mais il demande un appareil, une connexion et une patience que tout le monde n’a pas, et un parent qu’on pousse vers la vidéo y voit surtout un examen.
Ce que la recherche dit de l’appel comparé à la visite, avec ses limites, est détaillé dans appel vidéo ou visite. Retenez seulement que l’appel garde le fil entre deux visites, sans qu’on puisse dire qu’il les remplace. Si votre père entend mal, le téléphone se complique : parler à une personne âgée qui entend mal donne des repères.
Comment se relayer entre frères et sœurs ?
En se répartissant les jours, et en le disant à votre mère. Un appel, une personne : le lundi l’aînée, le jeudi celui qui vit le plus loin, le dimanche le cadet. Personne ne s’épuise, et votre mère sait quel nom correspond à quel jour, ce qui compte plus qu’il n’y paraît.
Trois règles évitent les malentendus. Le fil de messages de la famille ne contient que des informations pratiques : une consultation chez le médecin, une lampe à changer, jamais vos impressions sur sa voix. Celui qui vit à deux rues ne téléphone pas plus que les autres, il passe. Et quand l’un d’entre vous part en vacances, il le dit, car un appel qui manque sans prévenir ressemble à un abandon. Pour les tensions entre frères et sœurs, quand elles viennent, voyez frères et sœurs, parents âgés : s’organiser à plusieurs.
Elle ne répond pas : que faut-il avoir convenu avant ?
Un plan de trois lignes, écrit avec elle un jour où tout va bien, et non au moment où le téléphone sonne dans le vide. Le plan lui appartient autant qu’à vous : elle le choisit, elle le connaît, elle peut le refuser. Il tient sur un papier, près du téléphone.
- Le délai : combien de temps vous attendez avant de vous inquiéter, par exemple jusqu’au dîner.
- La personne qui sonne chez elle, la voisine ou le gardien, avec son numéro, et l’accord de votre mère.
- Le moment où l’on appelle les secours, et lesquels : le 15 pour une urgence médicale, le 18 pour un accident ou un danger, le 112, le numéro européen, quand on ne sait pas lequel composer.
L’autre moitié de l’accord est la sienne : elle vous prévient quand elle s’absente, un week-end chez une amie, une journée dehors, ou quand son téléphone restera au fond d’un sac. C’est ce qui épargne les fausses alertes. La Ville de Paris conseille d’ailleurs, l’été, à qui reste seul de prévenir un voisin ou le gardien et de lui laisser le numéro d’un proche : le plan en est la version familiale. Reflex, le registre de la Ville, est décrit dans parent âgé seul à Paris en août, et la marche à suivre quand le silence dure vraiment, dans l’article sur l’inquiétude cité plus haut.
Que faire quand les appels ne suffisent plus ?
Ajouter d’autres voix et d’autres visages à sa semaine, plutôt qu’appeler davantage. Quand le téléphone est le seul événement de sa semaine, un appel de plus n’y change presque rien. Ce peut être des voisins, des bénévoles comme ceux de l’association Au bout du fil, qui appellent gratuitement une fois par semaine à un moment convenu d’avance, ou une visite régulière. À Paris, Philia&Co. choisit à la main un philos, d’abord pour sa gentillesse, et celui-ci vient deux heures chaque semaine, le même jour ; notre page sur la dame de compagnie en donne le détail.
Quand le rythme est le bon, il arrive qu’au bout de quelques semaines votre mère décroche avant la deuxième sonnerie. C’est qu’elle était à côté du téléphone, à vous attendre.
Questions fréquentes
Mon père refuse le téléphone portable : comment le joindre ?
Par le fixe, à une heure convenue, sans l’obliger à changer. S’il hésite, proposez-lui un modèle à grosses touches qu’il garde près de lui, mais ne le lui imposez pas : mieux vaut un père joignable chaque soir sur son fixe qu’un portable éteint au fond d’un tiroir.
Ma mère répond toujours « tout va bien » : comment en savoir davantage ?
Posez des questions précises, sur sa journée plutôt que sur son état : qui elle a croisé, ce qu’elle a écouté, ce qu’elle prévoit demain. À « comment vas-tu ? », on répond « bien ». Si vous la trouvez changée malgré tout, c’est à son médecin traitant d’en juger, avec elle.
Puis-je demander des nouvelles de ma mère à sa voisine sans le lui dire ?
Mieux vaut lui en parler d’abord : sa voisine est une voisine, pas votre informatrice. Si votre mère sait que vous êtes en lien, ce lien devient un filet pour elle, au lieu d’une enquête dans son dos.
Un SMS vaut-il un appel ?
Pour un signe de vie, oui : « bien levée » avant dix heures dit l’essentiel. Pour une conversation, non. Gardez le SMS pour les jours sans appel, et l’appel pour ceux où l’on se raconte quelque chose.