Comment parler à ses parents âgés quand on ne se dit plus grand-chose
Avec le temps, les conversations avec un parent âgé se réduisent aux factures, à la météo et à ce qu’il y a dans le frigo. Comment parler à ses parents âgés autrement ? En traitant votre mère ou votre père en adulte, en laissant au silence le temps de venir, et en n’ouvrant un sujet difficile qu’un jour où l’on a le temps d’en parler.
Choisir l’heure et la place avant de choisir les mots
Un bon moment fait plus que la bonne phrase. Évitez le téléphone entre deux réunions, le repas de fête où dix personnes parlent en même temps, et la minute où votre mère enfile son manteau.
Cherchez plutôt l’heure où elle est la plus vive (le matin pour les uns, la fin d’après-midi pour les autres) et un endroit où personne ne guette. Essayez le côte à côte : en épluchant des légumes, en marchant jusqu’au marché, en triant une boîte de photographies, on n’a pas à se regarder dans les yeux pendant qu’on avoue qu’on a eu peur.
Poser de vraies questions, pas un questionnaire
Une vraie question est une question dont on ignore la réponse, et qui prouve qu’on s’est souvenu. « Et l’exposition dont tu me parlais, tu as fini par y aller ? » ouvre une histoire ; « Tout va bien ? » la ferme d’un oui.
On interroge souvent un parent comme on remplit un formulaire : a-t-il mangé, a-t-il relevé son courrier, a-t-il fermé à clé. Chaque question se défend, et l’ensemble ressemble à un contrôle. Remplacez-en une par une vraie curiosité : ce qu’il pense du film de la veille, de l’immeuble qu’on démolit en face, ou d’une hésitation qui est la vôtre (un poste, un achat, une querelle). Demandez-lui : « Toi, qu’est-ce que tu ferais ? »
Pour les jours où l’inspiration manque, nous avons rangé trente questions par thème dans l’article sur les sujets de conversation avec une personne âgée.
Laisser le silence, et la réponse qui arrive en retard
Quand votre père ne répond pas tout de suite, attendez : une réponse qui vient après quelques secondes reste une réponse. On comble le silence par politesse, et l’on coupe ce qui allait venir.
Même règle pour les phrases : ne les finissez pas à sa place, ne corrigez ni le nom du village ni l’année de la photographie. Si la date vous importe, vous la chercherez plus tard, seul. Et si le silence vous semble trop long, vérifiez d’abord que votre voix passe bien : un parent qui entend moins bien ne se tait pas toujours pour réfléchir, et l’article sur la façon de parler à une personne âgée qui entend mal en donne les gestes.
Parler à ses parents âgés comme à des adultes
Parler d’adulte à adulte, c’est garder le « tu » ou le « vous » d’avant, parler à votre mère et non d’elle devant les autres, et ne rien décider dans son dos.
Le reste tient dans les petits mots. Le « on » qui prend la place du « tu ». Le diminutif qu’on n’aurait pas employé il y a vingt ans. Le « mamie » que vous dites à votre propre mère parce que vos enfants l’appellent ainsi, et qui la range dans un rôle qu’elle ne joue pas avec vous. Presque personne ne le fait exprès, et presque tout le monde le fait un peu. L’article sur devenir le parent de ses parents détaille ces mots qui rapetissent, et explique comment décider avec elle plutôt que pour elle.
Parler de vous, et pas seulement de votre mère
Racontez votre semaine. Un parent à qui l’on ne pose que des questions finit par se sentir examiné. Dire un peu de sa vie, un souci de travail, une idée de vacances, ce que font les enfants, lui rend le rôle de celui qui écoute, qui conseille, qui sait.
Dire merci, précisément
On parle souvent à ses parents de logistique et d’inquiétude, rarement de reconnaissance. Un merci précis fait une conversation : « La recette du gratin, je l’ai refaite, et j’ai pensé à toi. » « Ce que tu m’avais dit sur mon travail, je m’en suis servi. »
« Ça me fait du bien de t’avoir au bout du fil » fait partie des phrases qu’on prononce le moins, et qu’on est le plus heureux d’entendre. Elle ne coûte rien, et elle vaut mieux que la troisième question sur le courrier.
Ne pas chercher à gagner
Une conversation avec votre mère n’est pas une négociation. Si elle tourne à la bataille, vous aurez peut-être raison et vous aurez perdu le dimanche suivant.
Trois temps suffisent. Dites d’abord ce que vous comprenez de son choix : « Je vois bien pourquoi tu veux passer Noël chez toi. » Dites ensuite ce que vous craignez, avec un « je » qui n’accuse personne : « Moi, ça m’attriste de ne pas être là. » Demandez enfin ce qui lui conviendrait : « Qu’est-ce qui te ferait plaisir, ce soir-là ? » Le « je » ne l’attaque pas, la question lui rend la main, et si elle ne change pas d’avis, c’est son droit.
Aborder un sujet difficile : un seul, et jamais par surprise
Un sujet difficile se prépare. On prévient votre père, on n’en ouvre qu’un à la fois, on dit une seule fois ce qu’on a vu, on demande ce qu’il en pense, et l’on propose d’en reparler. « J’aimerais te parler d’une chose, quand tu veux : ce soir ou dimanche ? » lui laisse le choix du jour, et un parent qui choisit le jour est déjà à moitié dans la conversation.
S’il répond « pas maintenant », c’est une réponse. Notez la date où vous reprendrez le sujet, et tenez-la. Chaque situation a ensuite son article :
- le logement, les papiers, ce que votre mère souhaite pour plus tard : parler de l’avenir avec ses parents âgés ;
- la fin de la vie, que l’on évite par pudeur : parler de la mort avec ses parents ;
- votre père entend mal et fait semblant de comprendre : parler à un parent qui entend mal ;
- votre mère raconte pour la dixième fois la même histoire : une personne âgée qui répète les mêmes histoires ;
- votre père se plaint de tout, à chaque appel : une personne âgée qui se plaint tout le temps ;
- votre mère assure qu’elle ne veut déranger personne : ma mère ne veut pas déranger ;
- votre père refuse toute visite : ma mère ne veut voir personne ;
- vous ne savez pas à quel rythme appeler vos parents : appeler ses parents âgés.
Quand on n’a plus rien à se dire
Faites quelque chose ensemble : une promenade, une partie de cartes, un album ouvert sur la table. L’activité porte les mots, et le silence cesse d’être un reproche. Si la conversation s’épuise parce que ses semaines se ressemblent, c’est de matière qu’elle manque plus que d’envie, et une personne de plus dans la semaine, une voisine, un petit-enfant, rouvre bien des sujets.
À Paris, Philia&Co. propose cette personne de plus : un philos, le même chaque semaine, pour deux heures, le même jour. Vos appels y gagnent de quoi se dire, puisqu’il s’est passé quelque chose entre deux appels. Ce que contient une visite est décrit sur notre page dame de compagnie à Paris.
Une phrase vraie par semaine
Vous n’avez pas à tout rouvrir d’un coup. Une phrase vraie par semaine, au même moment, porte plus loin qu’un grand entretien une fois l’an. Votre mère finira par s’y attendre, et c’est elle, un jour, qui commencera.
Questions fréquentes
Mon père répond toujours « ça va » : comment lui faire dire autre chose ?
Posez une question sur un fait précis plutôt que sur son état : l’émission de la veille, le voisin, la décision que vous hésitez à prendre. On raconte souvent plus volontiers ce qu’on a vu ou fait que ce qu’on ressent.
Peut-on contredire un parent âgé sans le vexer ?
Oui : écoutez d’abord jusqu’au bout, dites « moi, je vois les choses autrement » plutôt que « tu as tort », et n’apportez qu’une idée à la fois. Un désaccord dit avec égards vaut mieux qu’un acquiescement de façade.
Quel est le bon moment pour parler d’un sujet difficile avec ses parents ?
Un moment calme, chez elle ou chez lui, sans témoin ni horloge, un jour où votre parent est en forme. Évitez le téléphone, le repas de fête et l’instant où vous êtes sur le départ.
Ma mère change de sujet dès que je pose une question sérieuse : dois-je insister ?
Pas ce jour-là. Dites que vous y reviendrez, proposez une date et tenez-la : un « pas maintenant » respecté laisse la porte ouverte, un sujet imposé la referme.