Parler à une personne âgée qui entend mal : se faire comprendre, et continuer à se parler
Vous dites « seize heures », elle entend « six heures », et le goûter du dimanche commence par un malentendu. Pour parler à une personne âgée qui entend mal, quelques gestes simples changent beaucoup, et aucun ne demande de crier. Les voici, avec ce que la recherche dit de l’audition et de la solitude, et la façon d’en parler au médecin.
Pour parler à quelqu’un qui entend mal, faites-vous voir d’abord
Une personne qui entend mal regarde aussi vos lèvres et votre visage : placez-vous en face d’elle, dans la lumière, et attirez son attention avant la première phrase. Un geste de la main, son prénom, un pas dans son champ de vision ; la phrase qui suit ne sera pas perdue pour avoir commencé trop tôt.
Méfiez-vous du contre-jour. Une fenêtre dans votre dos suffit à transformer votre visage en silhouette. Gardez la bouche dégagée, ne parlez pas en tournant la tête, et ne lancez pas votre phrase depuis la cuisine.
Parlez posément, pas plus fort
Crier n’éclaircit rien. Entendre moins bien, ce n’est pas seulement entendre moins fort : les sons arrivent aussi moins nets, si bien que votre mère entend vos mots sans les comprendre. Le portail officiel d’information pour les personnes âgées conseille de parler clairement, à un rythme moyen, et de ne pas crier. Le Bucodes SurdiFrance, qui fédère des associations de personnes malentendantes ou devenues sourdes, recommande dans une brochure de 2013 de s’exprimer posément, en marquant des temps d’arrêt.
Un rythme moyen, c’est ni trop vite, ni exagérément lent : l’association britannique RNID, qui défend les personnes sourdes ou malentendantes, conseille d’éviter les deux. Ralentir à l’excès, c’est vite parler comme à un enfant.
Reformulez au lieu de répéter
Le mot qui n’est pas passé la première fois passera rarement mieux la deuxième, même plus fort : changez-le. Le portail officiel recommande de reformuler une phrase mal comprise, et la fiche de RNID d’écrire, sur du papier ou sur un écran, ce qui ne passe toujours pas. Les heures, les chiffres et les noms propres sont les plus exposés, puisque rien dans la phrase ne permet de les deviner : ce sont eux qu’on écrit.
| Ce qui s’est perdu | Ce qui passera mieux |
|---|---|
| « On passe vous prendre à seize heures. » | « On passe vous prendre en milieu d’après-midi, à quatre heures. » |
| « Tu as des nouvelles de Claire ? » | « Claire, ta cousine de Lyon : tu as eu de ses nouvelles ? » |
| « Je viens jeudi. » | « Je viens après-demain, jeudi. Pas aujourd’hui. » |
Éteignez ce qui parle en arrière-plan
Radio, télévision, hotte, rue sous la fenêtre : coupez-les avant de commencer, ou changez de pièce. Le portail officiel le dit sans détour : quand on entend mal, comprendre la parole est plus difficile dans le bruit et dans les conversations de groupe. Le restaurant, avec sa musique et ses tables voisines, est donc le pire endroit pour une question importante. Posez-la avant, ou après, au salon.
C’est le cadre des visites de Philia&Co. à Paris : chez votre mère, deux heures à la même table, avec le même philos chaque semaine, que nous choisissons à la main d’abord pour sa gentillesse, celle qui permet de redire autrement sans soupirer. Le détail est sur la page dame de compagnie à Paris.
La télévision trop forte, le téléphone qui sonne dans le vide
Une télévision à plein volume n’est pas un caprice : on monte le son pour comprendre, et l’on gêne tout le monde sauf soi. Le portail officiel cite plusieurs solutions : un casque qui se branche sur le téléviseur, un amplificateur portatif, une boucle magnétique couplée à l’appareil auditif, un système Bluetooth, et le sous-titrage que proposent de nombreuses émissions.
Pour le téléphone, il signale des téléphones fixes à volume réglable et compatibles avec les appareils auditifs, des détecteurs d’appel dont une lumière clignote (on peut en placer dans plusieurs pièces), et des vibreurs de poche. Si votre père ne décroche jamais, pensez à la sonnerie avant de penser à la négligence.
En parler au médecin, sans en faire une affaire
Le premier réflexe est le médecin traitant, le plus tôt possible : il oriente vers un ORL, qui adresse à un audioprothésiste, lequel propose l’appareil le mieux adapté. Selon le portail officiel, plus on attend pour s’appareiller, plus l’adaptation risque d’être difficile.
Côté coût, le dispositif « 100 % Santé » donne droit à des appareils de classe I remboursés sans reste à charge, avec une complémentaire santé. L’audioprothésiste doit en proposer au moins un pour chaque oreille ; un appareil de classe II, à prix libre, peut laisser un reste à charge. Un appareil se prescrit, il s’essaie 30 jours au minimum avant d’être acheté, et son remboursement ne se renouvelle qu’après quatre ans.
Pour en parler à un parent qui résiste, partez de ce que vous vivez, pas de ce qui lui manque : « Je me fatigue au téléphone, et j’aimerais que ce soit plus facile pour nous deux. » Proposez de l’accompagner à la première consultation. Une réticence se comprend : entendre mal, c’est aussi un aveu d’âge qu’on préfère ne pas faire.
Ce que la recherche associe à une audition qui baisse
L’OMS associe la perte auditive à davantage d’isolement et de solitude. Dans son rapport mondial sur l’audition (2021), elle écrit que la perte auditive y contribue à tout âge, davantage chez les femmes et les personnes âgées, peut-être parce qu’on participe moins aux activités ou que le cercle des relations se resserre. Les personnes qui entendent mal, surtout celles qui n’ont pas d’appareil, montrent des niveaux de solitude plus élevés.
La question n’a rien de rare : selon la fiche de l’OMS sur la surdité (2026), plus d’un quart des personnes de plus de 60 ans ont une perte auditive invalidante, c’est-à-dire de plus de 35 décibels dans la meilleure oreille.
La Commission du Lancet (2024) compte la perte auditive parmi les facteurs de risque de démence sur lesquels on peut agir, mais on ne peut pas promettre qu’un appareil protège la mémoire : on s’appareille d’abord pour entendre, et rester dans la conversation.
« Associé » ne veut pas dire « causé » : l’article sur l’isolement social et le déclin cognitif explique ce que ces travaux permettent de conclure, et ce qu’ils ne permettent pas.
Parlez-lui aussi de ce qui ne sert à rien
Quand on parle à quelqu’un qui entend mal, on finit par ne dire que l’utile : l’heure, le lieu, la liste des courses. Le portail officiel l’a remarqué : pour ne pas mettre en difficulté celui qui entend mal, l’entourage a tendance à réduire les échanges aux informations pratiques, au risque de perdre l’habitude de converser sur ce qu’ils aiment ensemble. Il recommande de garder des sujets de conversation habituels et spontanés.
Pour d’autres façons de remettre la conversation en marche, l’article comment parler à ses parents âgés en donne les principes. Et racontez-lui l’histoire du chat du voisin, même s’il faut la dire deux fois : c’est souvent la deuxième fois qu’on rit.
Questions fréquentes
Mon père dit qu’il entend très bien alors qu’il répond à côté : que faire ?
Évitez de le contredire devant les autres. Reformulez, parlez-lui en face, puis proposez-lui, en tête à tête, d’en parler à son médecin traitant, qui oriente vers un ORL.
Un appareil auditif est-il remboursé ?
Oui, sur prescription médicale. Les appareils de classe I du dispositif « 100 % Santé » sont remboursés sans reste à charge avec une complémentaire santé ; ceux de classe II, à prix libre, peuvent en laisser un.
Peut-on essayer un appareil auditif avant de l’acheter ?
Oui : selon le portail officiel d’information pour les personnes âgées, chaque appareil doit être essayé pendant 30 jours au minimum avant l’achat. Mieux vaut ne pas conclure au bout de deux jours.
Comment téléphoner à une mère qui comprend mal la voix ?
Choisissez un moment calme, annoncez le sujet dès la première phrase, parlez posément et laissez des pauses. Si l’appel reste pénible, doublez-le d’un message écrit ou d’un appel vidéo, où elle voit votre visage.
Mon père peut-il appeler les urgences s’il entend mal ?
S’il peut parler, le 15, le 17, le 18 et le 112 restent valables. Le 114 s’adresse aux personnes sourdes ou malentendantes qui ne peuvent pas téléphoner à voix haute : il reçoit des demandes par SMS, tchat ou visioconférence, gratuitement, 24 h sur 24.