Sujets de conversation avec une personne âgée : trente questions qui font parler
« Ça va ? » « Ça va. » Et le silence s’installe. Il y a mieux : trente questions, rangées par thème, pour trouver des sujets de conversation avec une personne âgée, et une façon d’écouter qui ne ressemble pas à un interrogatoire.
Quels sujets de conversation choisir avec une personne âgée ?
Choisissez des questions petites et précises, plutôt qu’un « ça va ? » qui appelle « ça va » et finit la conversation avant qu’elle ait commencé. Une bonne question ne demande pas à votre parent d’évaluer son état ; elle l’invite à raconter quelque chose de précis.
La différence tient à presque rien. « Vous souvenez-vous de votre enfance ? » est trop vaste : on ne sait pas par où entrer. « Quelle odeur avait la cuisine de votre grand-mère ? » a une porte, une seule, et derrière elle il y a un dimanche entier. Plus la question est petite, concrète, sensorielle, plus la réponse a de chances de s’allonger.
Les questions sont écrites au vouvoiement, celui d’un voisin ou d’un visiteur ; entre un fils et sa mère, elles se tutoient d’elles-mêmes. Changez les pronoms, gardez les questions.
L’enfance : des odeurs, des dimanches, des interdits
L’enfance est un bon point de départ : chacun en a une, et chacun est le seul à la connaître.
- Que mangiez-vous le jour de votre anniversaire, quand vous étiez enfant ?
- Qu’est-ce qu’on faisait chez vous, le dimanche ?
- Qu’est-ce qui vous était interdit, et que vous faisiez quand même ?
- Qui vous a appris à nager, ou à faire du vélo ?
- Quel jouet avez-vous désiré sans jamais l’avoir ?
- Comment s’appelait votre meilleure amie, ou votre meilleur ami, à dix ans ?
Paris d’autrefois : la rue, le café, le bal
Paris d’autrefois est un sujet qui ne s’épuise pas : chaque rue a changé, et chacun garde la sienne en mémoire.
- Quelle rue de Paris reconnaîtriez-vous les yeux fermés ?
- Où achetiez-vous le pain, et comment s’appelait la boulangère ?
- Où allait-on danser, le samedi soir ?
- Quel magasin a disparu, et vous manque encore ?
- Comment alliez-vous au travail, et que regardiez-vous par la fenêtre du bus ?
Si l’envie vient d’aller voir, le musée Carnavalet, rue de Sévigné, dans le Marais, est celui de l’histoire de Paris ; selon son site, son parcours permanent est gratuit et en accès libre. Pour d’autres sorties de ce genre, il y a les sorties culturelles à Paris pour les seniors.
Le métier : ce qu’on savait faire
Le métier est le terrain où votre parent a été compétent, et l’on parle plus volontiers de ce qu’on a su faire que de ce qu’on ne sait plus.
- Comment avez-vous trouvé votre premier emploi ?
- De quel collègue vous souvenez-vous le mieux, et pourquoi ?
- Qu’est-ce que vous saviez faire, que plus personne ne sait faire ?
- Quelle a été votre plus grosse bêtise au travail ?
- Qui vous a appris le métier, et que vous a-t-il dit qui vous est resté ?
- Le jour de votre départ à la retraite, qu’avez-vous fait en rentrant chez vous ?
- Quel métier auriez-vous voulu faire, si l’on vous avait laissé choisir ?
Les voyages et les vacances
Les voyages, même modestes, se racontent bien parce qu’ils ont un début, une fin et au moins un incident.
- Quel voyage racontez-vous encore, des années après ?
- Comment étaient les vacances de votre enfance : où alliez-vous, comment, avec quelle valise ?
- Quel est le pire hôtel de votre vie ?
- Y a-t-il un endroit où vous n’avez jamais mis les pieds, et que vous auriez aimé voir ?
L’actualité : lui demander son avis
On parle d’actualité pour recueillir un avis, pas pour en donner un. Votre parent a vu défiler plus de gouvernements, de modes et de promesses que vous, et il le sait.
- Un nouvel immeuble s’élève au bout de la rue : qu’en pensez-vous ?
- Vous avez vu passer bien des modes : laquelle vous a fait le plus sourire ?
- Qu’est-ce qu’on ne devrait jamais changer dans le quartier ?
- Quelle invention auriez-vous refusée, si l’on vous avait demandé votre avis ?
- Que pensez-vous de ce que les gens font de leur téléphone, dans le métro ?
Les goûts : la chanson, le film, le plat
Les goûts ont l’avantage de n’avoir jamais tort, et d’être un sujet où tout le monde se reconnaît.
- Quelle chanson vous donne encore envie de danser ?
- Quel film avez-vous vu cinq fois, et pourquoi ?
- Quel plat n’a jamais eu le même goût ailleurs que chez votre mère ?
Une chanson se passe de question : il suffit de la faire jouer. La suite est dans la musique et les souvenirs.
Écouter sans interroger
Écouter sans interroger, c’est poser une question, puis se taire. Comptez jusqu’à cinq dans votre tête avant de reprendre la parole : c’est long, et c’est souvent pendant ce silence que le souvenir remonte.
Reprenez ensuite le dernier mot : « La boulangère ? » suffit à relancer. Demandez le détail plutôt que l’explication : « De quelle couleur ? », « Qui était là ? » fonctionnent mieux que « Pourquoi ? », qui oblige à justifier. Ne corrigez pas les dates : une année qui flotte n’a aucune importance, et l’histoire vaut mieux que l’exactitude.
Certains sujets tournent à vide : les prix qui montent, la météo, les petits malheurs du jour. Ne les interdisez pas, déplacez-les. À la plainte sur le prix du pain, répondez par une question sur celui d’autrefois : « Et du temps de vos parents, combien coûtait-il ? » La même plainte devient alors un souvenir.
Un objet vaut souvent dix questions. La montre d’un père, un napperon brodé, une clé dont plus personne ne connaît la serrure : posé sur la table, il appelle l’histoire sans qu’on la réclame.
Laissez les portes fermées. Certains souvenirs (une guerre, un enfant perdu, un deuil) ne se racontent pas à la demande ; si votre mère change de sujet, suivez-la. Et si elle vous raconte pour la troisième fois la même histoire, c’est souvent qu’elle y tient : la façon de l’accueillir est dans l’article sur une personne âgée qui répète les mêmes histoires.
Chez Philia&Co., nous choisissons le philos à la main pour sa gentillesse d’abord, puis son savoir-vivre, et ce savoir-vivre tient en bonne partie à ceci : se taire quand l’autre raconte. La conversation n’est d’ailleurs qu’un des gestes d’une visite : les autres sont dans nos vingt idées d’activités à domicile.
Ce soir, une seule question, la plus petite : « Quelle odeur avait la cuisine de ta grand-mère ? » Puis ne dites plus rien.
Questions fréquentes
Que dire quand la conversation s’éteint au bout de dix minutes ?
Posez sur la table un objet ou une photographie plutôt qu’une question : on parle plus volontiers de ce qu’on a sous les yeux. Et laissez le silence faire son travail ; il n’est pas un échec.
Peut-on parler de la guerre ou d’un deuil avec une personne âgée ?
Seulement si elle ouvre la porte. Posez une question sur un détail, un lieu, un objet, et regardez comment elle répond : si elle s’y engage, suivez-la ; si elle se ferme, changez de sujet sans commentaire.
Que demander à un grand-père qui parle peu ?
Une question sur un geste plutôt que sur un sentiment : comment on s’y prenait, avec quels outils, qui montrait. On répond souvent plus facilement à « comment faisiez-vous ? » qu’à « qu’avez-vous ressenti ? ».
Comment parler d’actualité sans se disputer ?
Demandez « qu’en pensez-vous ? » et écoutez jusqu’au bout sans répliquer. Votre but n’est pas de convaincre, mais de recueillir un avis ; un désaccord de fond peut attendre une autre visite.
Combien de questions préparer pour une visite ?
Une ou deux. La conversation vit des réponses, pas des questions : une bonne question suffit à remplir une heure si on la laisse faire.