Un appel vidéo vaut-il une visite ? Ce que dit la recherche sur les contacts d’une personne âgée
Appel vidéo ou visite : pour une personne âgée, est-ce la même chose ? Vous appelez votre mère chaque dimanche, parfois en vidéo, et vous vous demandez si cela suffit, ou s’il faudrait passer la voir. Une étude américaine de 2015, qui porte sur 11 065 personnes de 50 ans et plus, répond à moitié : les symptômes dépressifs relevés deux ans plus tard variaient avec la fréquence des visites, pas avec celle des appels. Une seconde étude, de 2019, fait à l’appel vidéo une place à part ; reste à composer une semaine où la visite et l’appel gardent la leur.
Le téléphone du dimanche : ce que la recherche lui trouve
Dans l’étude de 2015, la fréquence des appels téléphoniques n’était pas associée aux symptômes dépressifs, contrairement à celle des contacts en personne. L’équipe d’Alan Teo, qui a publié ces résultats dans le Journal of the American Geriatrics Society, a exploité une grande enquête nationale, menée de 2004 à 2010 auprès de 11 065 Américains de 50 ans et plus : à quelle fréquence voyaient-ils leurs enfants, leur famille et leurs amis, et leur téléphonaient-ils ou leur écrivaient-ils ? Deux ans plus tard, des questions mesuraient leurs symptômes dépressifs.
Ceux qui voyaient leurs proches et leurs amis tous les quelques mois, ou moins souvent, avaient 11,5 % de probabilité de présenter des symptômes dépressifs deux ans plus tard, contre 8,1 % pour un contact une ou deux fois par mois, et 7,3 % pour une ou deux fois par semaine. Le téléphone, pourtant le mode de contact le plus répandu, ne dessinait pas la même pente : le taux restait stable, que l’on appelle peu ou beaucoup. Pour l’écrit et le courriel, les résultats variaient trop pour qu’on conclue.
Pourquoi ? Les auteurs avancent qu’un contact en personne mobilise davantage, et se vit plus souvent comme un soutien. C’est une hypothèse. On peut en ajouter une, qui tient du bon sens plus que de la science : au téléphone, on peut dire « ça va » pendant vingt minutes ; assis en face de quelqu’un, c’est plus difficile.
Cela ne fait pas de l’appel un contact inutile. Les auteurs notent eux-mêmes que, pour une personne qui a déjà connu une dépression, des dispositifs de soutien par téléphone peuvent être efficaces. Leur étude compte la fréquence des contacts, pas leur durée : un appel d’une heure et un « ça va » de trente secondes comptent chacun pour un appel.
Une visite par mois, une par semaine : où se joue l’écart
Dans la même étude, c’est entre les visites rares et les visites mensuelles que l’écart est le plus grand (11,5 % contre 8,1 %). De la visite mensuelle à la visite hebdomadaire, il se resserre (8,1 % contre 7,3 %), et la pente continue pourtant de descendre, jusqu’à 6,5 % pour ceux qui voyaient leurs proches au moins trois fois par semaine, avec une marge d’incertitude très large.
Ce sont des probabilités ajustées, et l’étude ne fixe aucun seuil. On peut y lire que le plus grand gain se joue quand les visites cessent d’être rares ; rien dans ces chiffres n’oblige à venir tous les jours. Ils rassemblent d’ailleurs les contacts avec les enfants, la famille et les amis : ils ne disent pas ce que valent vos seules visites.
La fréquence ne dit pas tout. Les auteurs mettent en garde : dans la relation avec les enfants, des contacts fréquents mais marqués par des conflits peuvent s’accompagner d’un risque plus élevé, non plus bas. Une visite tendue ne vaut pas forcément mieux qu’un appel serein. Ils notent aussi que, chez les 70 ans et plus, ce sont les contacts d’au moins trois fois par semaine avec les enfants et la famille qui ressortaient, alors que chez les 50 à 69 ans, ce sont ceux avec les amis. Vos visites comptent, et la façon dont elles se passent compte aussi : si les vôtres pèsent à tout le monde, lisez quand la visite chez ses parents âgés devient pesante.
L’appel vidéo, une piste encourageante
Une étude américaine de 2019 associe l’usage de l’appel vidéo à moins de symptômes dépressifs deux ans plus tard. L’étude de 2015 ne l’avait pas testé : ses trois modes de contact sont la rencontre en personne, le téléphone, et l’écrit ou le courriel.
L’étude de 2019, dont le premier auteur est aussi Alan Teo, porte sur 1 424 adultes d’âge moyen 64,8 ans, interrogés en 2012 puis en 2014. Les utilisateurs d’appel vidéo, environ 18 % des participants, avaient deux ans plus tard environ deux fois moins de probabilité de symptômes dépressifs (6,9 %) que les non-utilisateurs (13,1 %). Le courriel, les réseaux sociaux et la messagerie instantanée ne montraient pas un tel lien.
C’est une piste encourageante, non une preuve. L’étude observe sans attribuer la vidéo au hasard : ceux qui s’en servent peuvent déjà être plus entourés et plus à l’aise avec les écrans, et ce type de travail ne permet pas de l’exclure. Ses participants avaient en moyenne 65 ans, pas 85. Si votre parent aime la vidéo, gardez-la ; s’il la fuit, ne la forcez pas, et pour mettre en place l’appel vidéo en douceur voyez appel vidéo avec les grands-parents.
Une semaine qui garde la visite et l’appel
Elle ressemble à ceci : le dimanche, l’appel d’habitude, vingt minutes, la météo, le voisin du troisième ; le mardi, quelqu’un à la porte, un tour au marché ou une partie de cartes ; entre les deux, une photo des petits-enfants sur la tablette. Une semaine où il se passe de petites choses, avec des visages qu’on connaît.
Sans chercher une règle dans ces deux études, on peut en retenir ceci : garder l’appel, même court, entre deux visites ; réserver la vidéo à qui l’aime, pour les petits-enfants surtout ; ne pas laisser passer des mois sans se voir en personne, et plus souvent si vous le pouvez.
Si la tristesse de votre parent dure, ou si vous le sentez se replier, ne comptez pas sur la fréquence des contacts pour y répondre : parlez-en à son médecin traitant, et appelez le 15 ou le 112 en cas d’urgence. Tout ce que la recherche associe à l’isolement, du cœur à la mémoire, est réuni dans solitude et santé d’une personne âgée.
Quand la famille ne peut pas venir aussi souvent, une présence extérieure peut compléter ses visites. Aucune des deux études ne mesure un visiteur rémunéré, et nous ne prétendons pas le contraire. À Paris, Philia&Co. propose ceci : après une rencontre de présentation offerte, d’environ une heure, un philos choisi à la main, pour sa gentillesse d’abord, vient chaque semaine, le même jour, pour 2 h. La formule normale, une visite par semaine, revient à 143,44 € par mois après crédit d’impôt de 50 %, et à 286,88 € avant ce crédit ; la somme est lissée sur l’année, et la rencontre de présentation est offerte. Le détail est sur la page des tarifs.
Dimanche prochain, appelez comme d’habitude, et avant de raccrocher, proposez un mardi.
Questions fréquentes
Un appel quotidien peut-il remplacer une visite hebdomadaire ?
Dans l’étude de 2015, la fréquence des appels téléphoniques n’était pas associée aux symptômes dépressifs deux ans plus tard, alors que celle des contacts en personne l’était. Un appel garde le fil entre deux visites ; rien ne montre qu’il les remplace.
L’étude de 2015 vaut-elle pour une personne de 85 ans ?
Elle porte sur des personnes de 50 ans et plus, dont environ un tiers avait 70 ans ou davantage. Elle ne dit pas ce qu’il en est à 85 ans en particulier, et elle ne mesure que les contacts avec les enfants, la famille et les amis.
Un visiteur payé compte-t-il comme un proche ?
Aucune des deux études citées ne porte sur un visiteur rémunéré : elles mesurent les contacts avec les proches et les amis, ou l’usage de la vidéo. On ne peut donc rien en conclure, ni pour ni contre, sur ce que vaut une présence venue de l’extérieur.
Faut-il rendre visite chaque semaine à un parent âgé ?
L’étude de 2015 ne fixe pas de seuil : l’écart le plus net sépare les contacts en personne tous les quelques mois ou moins (11,5 %) de ceux d’une ou deux fois par mois (8,1 %), et la fréquence hebdomadaire (7,3 %) n’y ajoute qu’un peu. Chez les 70 ans et plus, ce sont pourtant les contacts d’au moins trois fois par semaine avec les enfants et la famille qui ressortaient, et des contacts fréquents mais conflictuels avec les enfants peuvent accroître le risque au lieu de le réduire.