Visite chez ses parents âgés pesante : comment la rendre plus légère
Le dimanche, vous montez l’escalier avec un petit poids dans le ventre, et vous détestez ce poids. Quand la visite chez ses parents âgés devient pesante, ni l’ingratitude ni la fatigue ne l’expliquent seules : c’est souvent la forme de la visite qui a vieilli, et cela se change sans aimer moins.
Un dimanche, 14h30
Vous sonnez deux coups brefs, ceux qu’il reconnaît, et la porte s’ouvre avant le second. Il vous attendait derrière, ou presque, depuis le déjeuner, et il a mis la veste qu’il réserve aux visites. L’appartement sent le café refait deux fois et la cire du parquet. Sur la table du salon, le paquet de biscuits est déjà ouvert, et deux tasses sont sorties.
Le premier quart d’heure est une inspection. Le store qui coince, le courrier de la banque à lire, la télécommande qui ne répond plus : vous cochez dans votre tête, il vous suit de pièce en pièce, et aucun des deux n’aurait dit que c’était pour cela qu’on se voyait.
Puis le salon. Les nouvelles des voisins, le prix du pain, ce que disait le journal de 13h00. Les mêmes sujets que dimanche dernier, dans le même ordre, avec les mêmes silences entre eux. Vous aimez votre père. Vous cherchez pourtant, dès la troisième phrase, une raison de vous lever pour aller chercher un verre d’eau.
Vers 15h00, il va chercher dans un tiroir une enveloppe qu’il a gardée pour vous : une lettre de sa caisse de retraite, banale. Vous la lisez en trente secondes, vous dites que ce n’est rien. Il hoche la tête. Il l’a relue toute la semaine.
À 15h40, vous regardez pour la première fois l’horloge de la cuisine. À 16h10, une seconde fois, un peu moins discrètement. Il le voit. Il dit : « Tu as sûrement à faire. » Vous répondez « non, non », ce qui est faux, et il le sait.
À la porte, il vous tend un sac : des clémentines, un pot de confiture entamé, « pour la route ». Dans l’escalier, deux sentiments se suivent, et le second est le pire : le soulagement, puis la honte de ce soulagement.
Pourquoi la visite chez ses parents âgés pèse-t-elle tant ?
À cause de sa forme, bien plus que de votre père ou de votre affection : une inspection suivie d’un salon, deux heures sans programme, où chacun attend tout de l’autre.
Le poids se compte des deux côtés. Pour lui, ces heures sont l’événement de la semaine. Il s’y prépare depuis jeudi, il garde ses nouvelles pour vous, il ne veut pas que vous repartiez sur une dispute. Pour vous, elles sont une case de plus entre deux semaines trop pleines, où il faut se montrer à la fois aimable, efficace et d’humeur égale. Quand une seule visite porte tout le lien d’une semaine, elle devient trop lourde pour les deux.
Le soulagement de l’escalier n’a donc rien d’une faute. On peut aimer quelqu’un et respirer en le quittant : cela dit seulement qu’on a tenu deux heures sous pression, pas qu’on aime moins.
Changer la forme avant de changer le rythme
Espacer les visites soulage un temps et ne règle rien. Changez d’abord ce qui s’y passe. Séparez l’inventaire de la visite : annoncez une demi-heure pour les papiers, le store et la télécommande, au début (« D’abord le courrier, ensuite on sort »). Annoncé, l’inventaire se contient, et le reste du temps redevient libre.
Donnez ensuite à la visite un centre : un album de photographies à classer, une partie de cartes, un puzzle laissé en cours. Les idées d’occupations à deux ne manquent pas, et l’article sur les activités d’une personne âgée à domicile en rassemble une vingtaine, avec la façon de commencer. Quand il y a quelque chose à faire, on parle de ce qu’on a sous les mains, plutôt que de chercher quoi dire.
Demandez-lui, enfin, ce qu’il aimerait qu’on fasse de ces heures. Il répondra peut-être « rien, rien ». Il arrive pourtant qu’une envie sorte une semaine plus tard, gardée depuis des mois : revoir une exposition, retourner dans la rue où l’on a grandi. Ces envies-là attendent souvent qu’on pose la question.
Plus court, plus souvent, et dehors
Deux visites d’une heure et demie peuvent peser moins qu’un seul après-midi entier. Les silences y sont plus rares, parce qu’il y a moins de temps à remplir, et chaque visite a un début et une fin qu’on voit venir. On arrive avec plus d’énergie, et l’on repart avant que l’impatience ait eu le temps de s’installer.
Puis sortez. Le café du coin, le marché, un banc au soleil. Dehors, la conversation trouve des sujets sans effort (la vitrine, le passant, le ciel qui change) et les silences ne pèsent plus, parce qu’on avance. Côte à côte, on se regarde moins, et l’on se parle souvent plus librement. Des promenades faciles, avec des bancs en chemin, sont réunies dans l’article « promenades à Paris avec une personne âgée ». S’il ne sort plus, une chaise près de la fenêtre et un café servi sur un plateau peuvent faire presque le même effet : on regarde ensemble autre chose que l’autre.
Laisser d’autres présences tenir le reste
Votre visite n’a pas à porter toute la semaine. Quand d’autres personnes passent (une voisine, un ami, un philos de Philia&Co. qui vient deux heures chaque semaine, le même jour, pour une conversation, une promenade ou des cartes), la vôtre redevient ce qu’elle voulait être : un moment entre un père et son enfant. Le service est décrit sur notre page consacrée à la dame de compagnie. Et si c’est surtout la culpabilité qui vous fait monter l’escalier, « la culpabilité envers ses parents âgés » en démêle les fils.
Dimanche prochain, ne montez pas
Appelez la veille : « Je passe te prendre à 15h00, on va boire un café au coin. » Il aura son manteau avant que vous ayez fini la phrase.
Questions fréquentes
Est-il grave de ne plus avoir envie d’aller voir ses parents ?
Non : cela arrive, et cela dit souvent plus sur la forme des visites que sur l’affection. Changer ce qu’on y fait vaut mieux que de les subir ou de les fuir ; si le malaise est plus ancien qu’une question de forme, un psychologue est là pour en parler.
Des visites plus courtes ou plus espacées : laquelle choisir ?
Plus courtes, et plutôt plus fréquentes quand c’est possible : deux heures qui ont un programme pèsent moins qu’un après-midi entier sans but. Si la distance l’interdit, gardez la durée mais ajoutez une sortie.
Comment éviter que la visite tourne à la liste de réparations ?
Séparez les deux : une demi-heure pour le pratique, annoncée comme telle, puis la visite elle-même, avec un but agréable. Notez les petites choses dans un carnet plutôt que de les dire au fil de la conversation.
Mes parents refusent de sortir : que proposer à la maison ?
Une chose à faire à deux : un album de photographies à classer, une partie de cartes, un puzzle commencé le mois dernier. Une occupation commune donne un sujet de conversation sans que personne ait à le chercher.