Ma mère m’appelle tout le temps : comprendre ses appels, puis fixer un rythme
Le téléphone vibre pendant une réunion, dans le métro, au milieu du dîner, et c’est elle. Quand votre mère vous appelle tout le temps, l’agacement vient vite, puis la culpabilité de cet agacement. Il y a pourtant un sens dans ces appels, et on peut y répondre sans la blesser, avec un rythme choisi à deux.
Pourquoi ma mère m’appelle-t-elle tout le temps ?
Le plus souvent, parce que ses journées sont longues et que vous êtes la voix qui répond. Derrière l’appel, il y a presque toujours l’un de ces trois besoins : l’inquiétude, l’ennui, la voix.
Parfois, c’est l’inquiétude : elle vous appelle pour entendre que vous allez bien, et le « tout va bien » de midi ne vaut plus à quinze heures. Parfois, c’est l’ennui. Un après-midi est long quand le seul événement du jour est le courrier, et un appel en devient un. Parfois, c’est la voix seule, et certains parents appellent comme d’autres ouvrent la fenêtre pour entendre la rue, parce qu’il leur faut une voix vivante qui traverse l’appartement.
Ils se mélangent souvent, et votre mère ne sait pas toujours elle-même lequel parle. Cela ne rend pas les appels plus faciles à recevoir, mais cela change ce qu’on y répond : on ne répond plus à une exigence, on répond à un creux dans sa journée.
Ai-je le droit de lui dire que c’est trop ?
Oui, à condition de ne pas le dire à l’instant où l’agacement monte. Dit à chaud, « tu m’appelles tout le temps » se reçoit comme « tu me déranges », et elle en retiendra surtout qu’elle dérange.
Ce que vous pouvez dire sans la blesser, c’est une limite qui contient une promesse :
Dans la journée, je ne peux pas décrocher. Mais je t’appelle chaque soir à 18 h, et là, tu as toute mon attention.
Quand l’agacement tourne à l’épuisement, c’est le sujet de « je n’en peux plus de ma mère ». Et si la culpabilité d’avoir posé une limite vous suit jusqu’au soir, lisez aussi « la culpabilité envers ses parents âgés ».
Comment fixer une heure d’appel sans la vexer ?
En la choisissant avec elle, pas pour elle. Proposez deux heures possibles et laissez-la prendre la sienne. Ce sera sans doute celle où le silence de l’appartement se fait le plus sentir, et c’est justement celle-là qu’il faut tenir.
Pour que cela dure, trois conditions. C’est vous qui appelez, pour qu’elle n’ait pas à guetter. L’appel a une durée annoncée (« vingt minutes, et je file »), pour que la fin ne ressemble pas à une fuite. Et il reste une porte pour l’exceptionnel : deux appels de suite veulent dire « c’est important », et vous décrochez toujours.
Pendant l’appel, donnez-lui d’abord quelques vraies minutes, entières, sans écran sous les yeux. Un parent qui se sent écouté dès le début a moins souvent besoin de revenir à la charge. Quand c’est vous qui appelez, la question change ; l’article « appeler ses parents âgés » y répond.
Que faire quand elle rappelle dix minutes plus tard ?
Répondre par un mot plutôt que par un silence. Un SMS, « je t’appelle à 18 h, bisous », dit à votre mère que vous avez vu son appel, ce qu’un téléphone qui sonne dans le vide ne dira jamais.
Le plus dur est de tenir votre propre promesse. Si l’appel de 18 h saute un jour sur deux, la règle n’apprend à votre mère qu’une chose : il faut vous attraper quand on peut. Mieux vaut un appel de dix minutes qui a lieu qu’un appel d’une heure promis et reporté.
Et si ses appels changent d’un coup ?
Alors ce n’est plus l’habitude, et c’est à son médecin traitant qu’il faut en parler, pas à vous de trancher. Dix appels par jour là où elle en passait trois par semaine, ou le silence là où elle appelait ; une voix plus lasse, une tristesse qui s’installe : ce sont des signes de vie quotidienne qu’on raconte à celui qui la connaît, sans chercher à les nommer.
Si vous la sentez en danger, appelez le 15 ou le 112. Si elle vous dit qu’elle voudrait en finir, ou ne plus se réveiller, le 3114 répond à toute heure, gratuitement et de façon confidentielle. C’est le numéro national de prévention du suicide, et il s’adresse aussi aux proches qui s’inquiètent pour quelqu’un.
Comment remplir sa semaine pour que l’appel redevienne un échange ?
En lui donnant de quoi raconter. Un appel est un échange quand chacun apporte quelque chose, et c’est souvent la matière qui manque à votre mère, plus que l’envie. Une semaine qui se ressemble ne laisse rien à dire que la météo. Dès qu’elle contient une sortie, une visite, un voisin, l’appel change de première phrase : « tu es là ? » cède la place à « figure-toi que… ».
Ajoutez à sa semaine ce qui n’est pas vous : une activité de quartier, le café du dimanche avec la voisine, l’appel d’un petit-enfant le mercredi. Le détail des pistes se trouve dans l’article sur la solitude d’une personne âgée.
Une voix de plus peut aussi servir. Solitud’écoute, la ligne d’écoute des Petits Frères des Pauvres (0 800 47 47 88), s’adresse aux plus de 50 ans en situation d’isolement ou de mal-être, et elle est anonyme et gratuite. Les autres lignes d’écoute sont réunies dans l’article « numéros d’écoute pour une personne âgée seule ».
Reste la présence qui vient chez elle. Philia&Co. choisit à la main, pour son caractère, le philos qui passera deux heures chaque semaine chez votre mère, le même jour à la même heure : une promenade, une partie de dames, un café, un album de photographies. Votre mère aura quelqu’un dont parler comme on parle d’une personne qu’on connaît, et de quoi vous raconter à l’appel suivant. Elle fait d’abord connaissance lors d’une rencontre de présentation offerte, d’environ une heure, et rien ne se décide sans elle ; notre page sur la dame de compagnie à Paris explique la suite.
Certaines mères appelleront toujours autant, et ce sera très bien si l’appel vous fait plaisir. Le but n’est pas le silence : c’est un appel que vous attendez, vous aussi.
Questions fréquentes
Ma mère rappelle trois fois si je ne réponds pas : dois-je décrocher ?
Pas à chaque fois, mais répondez au moins par un message court avec une heure : « Je t’appelle à 18 h. » Elle sait ainsi que vous avez vu son appel, et que l’attente a une fin. Si vous avez convenu d’un signal pour les urgences, décrochez dès qu’elle l’emploie.
Mon père m’appelle sans cesse : la méthode est-elle la même ?
Oui : comprendre ce que l’appel vient chercher, convenir d’une heure avec lui et la tenir. Quand ses appels portent sur des détails pratiques (une facture, une panne), c’est parfois la conversation qu’il cherche derrière.
Comment ne pas rater l’appel vraiment important parmi tous les autres ?
Convenez d’un signal : deux appels de suite veulent dire « c’est important ». En cas d’urgence, c’est le 15 ou le 112 qu’elle doit composer en premier, avant même de vous joindre.
Une visite chaque semaine fait-elle moins appeler ?
Parfois, mais ce n’est pas ce qu’il faut en attendre : certaines mères appellent autant, pour raconter autre chose. Une présence chaque semaine donne de la matière à la conversation ; elle ne remplace pas votre voix.