Comment protéger un parent âgé des arnaques, sans lui retirer son téléphone
Protéger un parent âgé des arnaques, c’est d’abord faire en sorte qu’il puisse raccrocher sans honte, puis vous appeler. Voici les scénarios qui reviennent (faux policiers, faux conseillers bancaires, démarcheurs), les réflexes que recommandent les pouvoirs publics, et ce qu’il faut faire quand le mal est fait.
Pour protéger un parent âgé des arnaques, commencez par lui épargner la honte
Aucune astuce ne vaut un parent qui peut dire « j’ai failli me faire avoir » sans craindre qu’on le traite en enfant. Celui qui a honte se tait, et une arnaque qu’on ne raconte pas n’avertit personne.
Il est 11 h, le téléphone fixe sonne. Une voix posée annonce qu’une opération suspecte a été repérée sur le compte, qu’il faut agir tout de suite, et qu’il vaut mieux n’en parler à personne. L’interlocuteur connaît le nom, l’adresse, peut-être même la banque. Le ministère de l’Intérieur rappelle, à propos des faux policiers, que connaître quelques informations personnelles ne prouve rien, et que les personnes âgées qui ont des économies ou des bijoux sont particulièrement ciblées. La naïveté n’y est pour rien : en face, quelqu’un a fait de la persuasion son métier.
Ne lui retirez donc pas son téléphone, et ne le rendez pas soupçonneux de tout : un père qui n’ouvre plus à personne se prive aussi du facteur, de la voisine, de l’ami qui passait. Convenez plutôt avec lui de trois verbes (raccrocher, vérifier, rappeler), et faites en sorte qu’il soit facile de vous appeler.
Au téléphone : raccrocher, vérifier, rappeler
Au téléphone, le premier geste est de raccrocher, puis de rappeler soi-même l’organisme par un numéro qu’on connaît déjà. Le ministère de l’Intérieur le résume en une phrase : dans le doute, raccrochez, vérifiez et contactez un proche.
Le faux policier ou le faux gendarme annonce une fraude sur le compte et demande de mettre en sécurité l’argent, l’or ou les bijoux, parfois en envoyant quelqu’un les chercher à domicile : un vrai policier ne demande jamais cela. Les signaux d’alerte : un appel que rien n’annonçait, la demande de garder la conversation secrète, la pression pour aller vite, la consigne de ne pas raccrocher.
Le faux conseiller bancaire suit le même scénario, avec une ruse de plus : il peut faire afficher à l’écran le vrai numéro de la banque. Le numéro affiché ne prouve donc rien. Un conseiller ne demande jamais d’effectuer des opérations sur le compte pour de prétendues raisons de sécurité, ni de communiquer des mots de passe ou des codes de confirmation. La fiche du portail officiel pour les personnes âgées rappelle que les fraudeurs invoquent très souvent l’urgence : une demande qui ne supporte pas une heure d’attente mérite d’être vérifiée, et un parent qui le sait n’a plus peur d’être impoli en disant « je vous rappelle ».
Reste le démarchage commercial par téléphone, plus banal et plus envahissant. Depuis le 11 août 2026, il est interdit par principe : une entreprise ne peut appeler un consommateur que pour un contrat en cours, à propos de l’objet de ce contrat, ou si elle a obtenu au préalable son accord, donné librement et par un acte positif clair. La personne peut le retirer à tout moment, même oralement, et un contrat conclu à la suite d’un appel qui ne respecte pas ces règles n’est pas valable. Bloctel, la liste sur laquelle on s’inscrivait pour ne plus être appelé, a cessé d’exister le même jour, puisque l’interdiction est devenue la règle. Un démarchage abusif peut se signaler sur SignalConso, un service de la répression des fraudes.
À la porte : regarder avant d’ouvrir
Avant d’ouvrir, on regarde, et on parle à travers la porte. Tous ceux qui sonnent ne sont pas des escrocs : la vente à domicile est une activité légale. Mais certains profitent du porte-à-porte pour s’introduire chez les gens, repérer les lieux ou prendre de petits objets de valeur. La fiche du ministère de l’Intérieur précise qu’ils agissent en général par deux, et sa vidéo cite le faux livreur, le faux policier, le faux plombier.
Le ministère recommande cinq gestes :
- regarder, par le judas ou le visiophone, combien de personnes se tiennent derrière la porte ;
- demander une carte professionnelle ;
- ne rien signer tant qu’on n’a pas le devis en main ;
- ne verser aucun argent, ne remettre aucun chèque, surtout antidaté ;
- appeler soi-même l’organisme dont le visiteur se réclame, pour savoir s’il est bien attendu.
Le 17 est réservé aux urgences et aux faits immédiats : un vendeur qui insiste ou menace, de faux démarcheurs qui sont encore là ou qui viennent de partir. Sans urgence, la fiche du ministère sur le 17 propose de passer par le tchat avec un policier ou un gendarme, ou de se rendre au commissariat.
Sur l’écran : l’alerte qui réclame un appel, le SMS qui promet un remboursement
Le faux support technique envahit l’écran : un virus, un piratage, un numéro à appeler d’urgence. Ce numéro est le piège, et la fiche officielle conseille de ne pas l’appeler : c’est une escroquerie. Elle recommande d’appuyer sur les touches « Échap » ou « F11 », de fermer l’onglet et, au besoin, d’éteindre l’ordinateur.
Les SMS et les courriels frauduleux jouent sur l’alarme ou sur la curiosité : une amende à payer, un colis à reprogrammer, un remboursement d’impôts, une carte Vitale à renouveler, un gain à un jeu-concours. Au moindre doute, on ne clique sur aucun lien du message, et on transmet le SMS au 33 700, un numéro gratuit. Même prudence pour les données personnelles (coordonnées bancaires, numéro de sécurité sociale, identifiants, mots de passe) : on ne les donne ni par téléphone, ni par courriel, ni sur un site dont on n’est pas sûr, et on évite de se connecter à ses comptes depuis un ordinateur partagé ou un réseau Wi-Fi public.
Sur le papier : un contrat signé trop vite
Un contrat signé chez soi, à la porte ou à la suite d’un appel peut être annulé dans un délai de quatorze jours, sans donner de motif : c’est le droit de rétractation, prévu à l’article L. 221-18 du Code de la consommation. Pour une prestation de services, le délai court à partir de la conclusion du contrat, et il passe vite : quand le démarcheur est reparti et que le devis reste sur la table, on inscrit la date limite sur le calendrier le soir même.
Si l’on a fait signer à votre parent un engagement en profitant de sa vulnérabilité, cela peut constituer un abus de faiblesse, un délit. Il suppose trois éléments : la vulnérabilité de la victime, qui peut tenir à l’âge et doit être visible ou connue de l’auteur ; un abus commis par celui-ci ; un préjudice. Il est puni de trois ans de prison et de 375 000 € d’amende, et le contrat peut être annulé pour vice de consentement, la victime disposant de cinq ans pour le demander. L’âge, à lui seul, ne suffit pas, et c’est à la victime de prouver l’abus : pour savoir si le cas de votre parent peut y ressembler, adressez-vous à un avocat ou à une association de consommateurs.
Si c’est arrivé quand même : les premières heures
D’abord, dites à votre parent qu’il n’a rien fait de honteux. Ensuite, si de l’argent est parti, que des codes ont été donnés ou que sa carte a servi, appelez sa banque tout de suite, par le numéro qu’il a toujours utilisé : pour signaler un paiement fait à son insu, faire opposition à la carte et dire que des codes ont été communiqués.
Vient ensuite le signalement, ou la plainte. Si de l’argent ou des objets de valeur ont été remis, le ministère de l’Intérieur demande de se rendre rapidement au commissariat ou à la gendarmerie pour déposer plainte. Pour des achats en ligne faits à l’insu du titulaire de la carte, qui l’a toujours en main, il propose aussi un service en ligne, Perceval : il faut avoir déjà fait opposition, s’identifier avec FranceConnect et garder le récépissé reçu par courriel. Pour d’autres escroqueries commises sur internet (messagerie piratée, faux site de vente, escroquerie aux sentiments), la plateforme THESEE permet de porter plainte sans se déplacer.
Si c’est un ordinateur ou une messagerie qu’on croit piratés, le site 17Cyber, proposé par la police, la gendarmerie et Cybermalveillance.gouv.fr, pose quelques questions puis donne les recommandations qui conviennent au problème. Pour être conseillé dans ses démarches, il existe une plateforme téléphonique, Info Escroqueries (0 805 805 817, appel gratuit) ; pour être soutenu et renseigné sur ses droits, le 116 006, numéro national pour les victimes. Aucune de ces démarches ne promet un résultat : elles servent à agir vite, et à ne pas rester seul.
Ces réflexes viennent surtout de la fiche du portail officiel pour-les-personnes-agees.gouv.fr, datée de février 2026. Elle cite encore Bloctel, qui n’existe plus : retenez-en les gestes, pas cette adresse.
Ce que change une personne qui vient chaque semaine, et ce qu’elle ne change pas
Une visite par semaine n’est pas une protection contre les arnaques, et chez Philia&Co. nous ne surveillons personne : le laisser croire serait malhonnête. Ce que cette visite change est plus modeste. Il arrive qu’on parle plus volontiers d’un appel louche à quelqu’un qu’on voit chaque mardi, autour d’un café, qu’à ses enfants, qu’on préfère ne pas inquiéter.
Nous choisissons le philos à la main, pour sa gentillesse d’abord, puis sa politesse, son savoir-vivre et sa bienveillance. Il est reçu en entretien, présente un extrait de casier judiciaire, signe la charte de savoir-être et s’engage sur six mois de présence. Dans cette charte, le philos s’interdit tout échange d’argent direct et ne détient aucun moyen de paiement de votre parent ; il ne pose aucune question sur l’argent, le patrimoine ou les successions, et n’accepte jamais les clés de son domicile. Nous détaillons la sélection dans l’article sur la façon dont nous choisissons un visiteur.
Cette semaine : trois lignes près du téléphone
Écrivez en gros caractères trois lignes que votre parent lira sans effort : le numéro de sa banque, le vôtre, et la phrase « Je raccroche, je vérifie, je rappelle. » Collez la feuille près du téléphone.
Vous ne pourrez pas tout empêcher, et ce n’est pas un échec de votre part. L’article sur la culpabilité envers ses parents âgés parle de ce poids ; celui sur l’inquiétude pour un parent qui vit seul cherche comment la rendre plus légère.
Et racontez-lui, un de ces soirs, l’arnaque qui a failli vous avoir : il y en a une pour chacun.
Questions fréquentes
Mon père a donné un code de confirmation à un faux conseiller : que faire tout de suite ?
Appelez sa banque sans attendre, par le numéro qu’il a toujours utilisé et non par celui qu’affichait l’appel, pour dire que des codes ont été communiqués et signaler la fraude. Si de l’argent est parti, déposez ensuite plainte au commissariat ou à la gendarmerie.
Un démarcheur peut-il encore appeler ma mère depuis la fin de Bloctel ?
Seulement à propos d’un contrat déjà en cours, ou avec son accord préalable. Depuis le 11 août 2026, le démarchage téléphonique à but commercial est interdit par principe, et Bloctel a pris fin le même jour.
De combien de temps dispose mon père pour renoncer à un contrat signé à la porte ?
De quatorze jours, sans avoir à donner de motif (article L. 221-18 du Code de la consommation). Pour une prestation de services, ils courent à partir de la conclusion du contrat ; pour un bien, à partir de sa réception. Mieux vaut écrire la date limite sur le calendrier dès le soir même.
À qui transmettre les SMS de colis ou d’amende que reçoit mon père ?
Au 33 700, un numéro gratuit. Au moindre doute, qu’il ne clique sur aucun lien du message ; si un paiement a déjà été fait à son insu, c’est sa banque qu’il faut appeler en premier.
Le 17 est-il le bon numéro pour un démarcheur trop insistant ?
Oui, si le vendeur se montre insistant ou menaçant, ou si de faux démarcheurs sont chez votre parent ou viennent de partir. Sans urgence, on peut passer par le tchat avec un policier ou un gendarme, ou se rendre au commissariat.