Un animal de compagnie pour une personne âgée : ce qu’il faut régler avant de dire oui
Votre père parle d’un chaton depuis Noël, ou votre mère affirme qu’elle ne veut plus d’attaches et regarde pourtant le chien du palier. Un animal de compagnie peut changer le rythme des journées d’une personne âgée, et lui demander beaucoup en retour : tout dépend de la vie dans laquelle il entre. Avant de répondre oui ou non, il y a des questions à poser, et des études à lire sans leur faire dire plus qu’elles ne disent.
Un animal de compagnie, est-ce une bonne idée à quatre-vingts ans ?
Oui, quand il y a de la place pour lui dans la vie de votre parent, et beaucoup moins quand on l’espère comme la réponse à la solitude. Un animal donne des gestes, un rythme et un petit corps chaud sur les genoux ; il ne remplace pas une conversation.
Du côté du mouvement, une petite étude britannique de 2017 a suivi 43 paires d’adultes âgés vivant chez eux, chaque propriétaire de chien étant comparé à quelqu’un de profil proche qui n’en avait pas. Des capteurs portés pendant trois semaines réparties sur l’année ont montré que les propriétaires marchaient en moyenne 22 minutes de plus par jour, et faisaient environ 2 760 pas supplémentaires. Cette comparaison ne dit pas si le chien rend actif, ou si l’on prend plus volontiers un chien quand on aime déjà marcher.
Pour la solitude, l’image est moins nette. Une étude de 2014 portant sur 5 210 personnes de 50 ans et plus vivant en Angleterre rappelle que les preuves d’un effet protecteur de l’animal sont minces. Elle trouve un lien dans les deux sens, et seulement chez les femmes : celles qui se disaient seules de façon durable avaient plus souvent un animal ensuite, et celles qui en avaient un se disaient plus souvent seules par la suite. Ses auteurs y voient une réponse à la solitude et, peut-être, un moyen d’en sortir. Cette étude d’observation ne permet de conclure ni que l’animal protège de la solitude, ni qu’il l’aggrave : ne comptez pas sur lui seul pour changer les semaines.
Demandez à votre père ce qu’il attend de l’animal. Une présence à la maison, une raison de sortir, le souvenir du chien de son enfance, la peur du silence le soir : chaque réponse oriente le choix, et certaines montrent que ce qui manque est autre chose.
Pour le reste de la semaine, il faut du monde, et nos activités à faire à la maison en donnent des idées.
Chat ou chien ?
Un chien oblige à sortir plusieurs fois par jour, par tous les temps, et c’est à la fois son plus beau cadeau et sa plus lourde charge. Un chat se contente d’un appartement et supporte les journées de fatigue, mais il n’entraîne personne dehors.
Pensez à un mardi de novembre : sept heures, la pluie, l’ascenseur en panne, la laisse déjà tendue vers la porte. Si cette scène fait sourire votre père, le chien est une bonne idée ; si elle l’épuise d’avance, ce sera plutôt un chat.
À Paris, le chien doit être tenu en laisse dans l’espace public. Dans les jardins ouverts aux chiens, il reste sur les allées et jamais sur les pelouses, et la Ville recense aussi des espaces canins où il peut courir sans laisse. Pour des idées de sorties à deux, voyez nos promenades à Paris avec une personne âgée.
Un mot sur les chutes. Aux États-Unis, entre 2001 et 2006, on a compté en moyenne près de 87 000 blessures par an, vues aux urgences et tous âges confondus, dans des chutes liées à un chien ou à un chat, dont près de neuf sur dix avec un chien ; les taux de fractures y étaient les plus élevés à partir de 75 ans. Une laisse qui tire, un chat qui se faufile entre les jambes : si l’équilibre de votre parent est incertain, parlez-en d’abord à son médecin.
Quel que soit l’animal, préférez un adulte au caractère connu à un chiot ou à un chaton qui court, grimpe et se glisse partout.
Que coûte un animal, au-delà du prix d’achat ?
Des dépenses qui reviennent chaque mois et chaque année, là où le prix d’achat ne se paie qu’une fois : la nourriture, la litière, les vaccins, les frais de vétérinaire, qu’on prévoit mal et qui surprennent souvent, et les semaines où il faut le faire garder.
Demandez au vétérinaire une idée du budget d’une année avant d’adopter, et mettez-la noir sur blanc. Si la retraite de votre parent ne peut pas le porter, vous le saurez avant d’avoir vu les yeux du chaton.
Qui s’occupera de l’animal si votre parent est hospitalisé ?
Quelqu’un dont le nom est écrit à l’avance, avant que la question se pose. Une hospitalisation peut arriver sans prévenir, et la première phrase de la personne qu’on emmène est parfois : « Et mon chat ? »
Une fiche suffit, collée à l’intérieur du placard de l’entrée : le nom et le numéro de deux personnes, dont celle qui a les clés, ceux du vétérinaire, l’endroit où l’on range la nourriture. Une carte glissée dans le portefeuille, qui dit qu’un animal attend à la maison, prévient l’hôpital. Et posez la question avant l’adoption : si personne ne peut y répondre, le projet n’est pas prêt.
Il y a une autre question, plus dure : un animal adopté tard peut survivre à son maître. Demandez à quelqu’un de la famille s’il le reprendrait, et que votre parent l’entende. Mieux vaut une conversation gênante aujourd’hui qu’un refuge dans quelques années.
Y a-t-il des règles à connaître avant d’adopter ?
Oui, deux surtout : signer un certificat d’engagement avant de prendre l’animal, et s’assurer qu’il est identifié par puce électronique ou tatouage avant qu’on vous le cède. Elles protègent l’animal autant que celui qui l’adopte, et autant les connaître avant de s’attacher.
Le certificat d’engagement et de connaissance des besoins de l’espèce se signe avant l’acquisition de l’animal, quel qu’en soit le mode. Il ne devient valable que sept jours après sa délivrance : c’est un délai de réflexion. Le chien ou le chat, chiot ou adulte, doit aussi être identifié par puce électronique ou tatouage avant la cession, et inscrit au fichier national des carnivores domestiques. Les règles complètes sont sur la page justice.fr consacrée au chien et au chat.
Et si un animal à demeure n’est pas possible ?
Il reste des animaux à fréquenter sans les posséder. Le chat d’une voisine, le chien d’un petit-fils qu’on promène quand il passe, le chat du gardien qui s’installe sur le paillasson : tout cela donne un repère à la journée sans l’engagement de longues années.
Si c’est le besoin de sortir qui manque plus que l’animal lui-même, lisez notre article sur le parent qui ne sort plus de chez lui.
Garder le chien d’un voisin le temps d’un week-end est aussi un bon essai avant d’adopter : certains y découvrent qu’ils aiment surtout les chiens des autres, et c’est une réponse.
Questions fréquentes
Mon père est locataire : a-t-il le droit d’avoir un chat ?
En règle générale, oui : un locataire qui occupe son logement comme résidence principale peut détenir un ou plusieurs animaux de compagnie, à condition de respecter la tranquillité du voisinage. Le propriétaire peut, en revanche, indiquer dans le bail que la détention d’un chien d’attaque de première catégorie est interdite.
Mon père peut-il adopter un chiot dans une animalerie ?
Non, la vente de chats et de chiens en animalerie est interdite depuis le 1er janvier 2024. Une animalerie peut seulement présenter des animaux d’une association ou d’une fondation de protection animale, en présence de ses bénévoles ; on s’adresse sinon à une association, à un éleveur ou à un particulier, lorsque l’animal est adulte.
Peut-on offrir un chaton à sa mère pour lui faire une surprise ?
Mieux vaut s’en passer. Un animal engage pour des années, et la loi impose à celui qui l’acquiert de signer un certificat d’engagement, qui ne devient valable que sept jours après sa délivrance, le temps de la réflexion : une surprise ne laisse ni ce délai ni ce choix à celle qui devra s’en occuper.
Mon père a du mal à marcher longtemps : un chat vaut-il mieux qu’un chien ?
Un chat s’adapte mieux qu’un chien à quelqu’un qui sort peu, mais il demande de se pencher, de nettoyer, d’ouvrir un placard. Si l’équilibre de votre père est incertain, parlez-en d’abord à son médecin avant de choisir.