S’occuper de ses parents âgés sans y laisser son couple
S’occuper de ses parents âgés prend du temps, de l’attention et parfois de l’argent. Ce coût-là finit souvent par s’inviter dans la vie de couple, sans que personne l’ait décidé. Quatre conversations, à avoir tôt et à deux, pour que votre père ou votre mère ne devienne pas le sujet qui vous sépare.
Vendredi soir, sur le périphérique : on repart chez votre mère pour le week-end, comme un vendredi sur deux. Votre conjoint ne dit rien, il regarde la route. Il y a trois semaines, il a demandé « on ne pourrait pas rester, pour une fois ? », et vous avez entendu un reproche.
Ce qui use un couple dans cette situation, c’est moins le parent que le silence qui l’entoure. Pour le rompre, quatre conversations, à avoir tôt, à deux, et jamais dans la voiture.
Pourquoi s’occuper de ses parents âgés pèse-t-il sur la vie de couple ?
Parce que ce temps, cette attention et cet argent ne sortent pas de nulle part : ils manquent au couple. Votre conjoint voit filer des week-ends qu’il n’a pas choisis, et vous, vous avez deux loyautés qui tirent chacune de leur côté.
Aucun chiffre ne porte sur le couple lui-même, mais l’un d’eux dit ce que ce soutien coûte. D’après la DREES, en 2015, parmi les adultes sans enfant à charge qui soutenaient un parent de 60 ans ou plus vivant chez lui, un sur trois en moyenne avait réduit ses loisirs, ses sorties ou ses vacances, et un sur sept disait connaître des tensions avec au moins un membre de son entourage. La DREES juge proche la situation de ceux qui avaient aussi des enfants à charge.
L’enquête ne dit pas qui compose cet entourage, et le conjoint n’en est qu’une possibilité : elle montre seulement que soutenir un parent se paie, pour beaucoup, en loisirs et en vacances. La friction se loge souvent dans trois endroits : le temps (les week-ends qui reviennent, les vacances qu’on raccourcit), la tête (le téléphone posé près de l’assiette, la conversation qui s’interrompt, la moitié de vous restée chez votre mère) et l’argent (les trajets, les contributions, ce qu’on avance sans trop le dire). Aucun n’est une faute ; chacun est un sujet à poser sur la table.
Première conversation : dire tôt ce que vous traversez
Dites à votre conjoint ce que vous vivez avant qu’il ne le devine à votre humeur. Choisissez un moment calme, à deux, ni au moment de partir ni au dessert d’un repas de famille. Cela peut tenir en deux phrases : « Je me fais du souci pour ma mère, et cela me rend moins disponible. Cela n’a rien à voir avec toi, et j’aimerais qu’on en parle avant que ça ne s’installe. »
Décrivez, ne plaidez pas : vous n’avez pas à prouver que votre mère mérite ce temps. Puis posez la question dans l’autre sens : comment le vit votre conjoint ? Vous entendrez peut-être que c’est lourd aussi de ce côté-là, et mieux vaut l’entendre tôt. Une inquiétude que l’on partage cesse d’être un tête-à-tête avec soi-même.
Certaines phrases ferment la discussion avant qu’elle ne commence : « de toute façon, ça t’est égal », « tu ne comprends pas », et, venant de l’autre côté, « ta mère » lancé comme un grief. Chacune dit à l’autre qu’il est du mauvais côté. Remplacez-les par ce que vous ressentez, qui est presque toujours moins accusateur que ce que vous pensez de l’autre.
Deuxième conversation : décider ensemble de la place de vos parents
Convenez de limites à deux, avant que la fatigue ne les fixe à votre place. Combien de week-ends par mois chez vos parents, quelles vacances à deux et lesquelles avec eux, combien d’argent, quels soirs de la semaine sont hors d’atteinte : ces quatre réponses, une fois posées sur un papier, évitent bien des scènes.
Quand vous direz « non » à votre mère, dites-le au pluriel : « Nous ne viendrons pas ce week-end. » Ne lui dites jamais « c’est lui qui ne veut pas ». Vous la brouilleriez avec votre conjoint pour vous épargner une conversation, et la phrase lui resterait longtemps après que vous l’auriez oubliée.
Troisième conversation : associer sans imposer
Invitez votre conjoint à ce qui lui plaît chez vos parents, et ne faites jamais de sa présence une obligation. Il n’a pas à aimer votre mère ; il lui revient de respecter qu’elle compte pour vous. Et à vous, de respecter qu’elle ne compte pas de la même façon pour lui.
Cherchez la place qui lui convient : un déjeuner de temps en temps, une partie d’échecs avec votre père, une sortie où l’on ne parle de rien d’inquiétant. Certains aiment venir. D’autres préfèrent faire une course pendant que vous êtes là-bas : c’est aussi une façon de venir.
Il y a aussi vos beaux-parents, qui avancent en âge eux aussi : la question de l’équité se pose entre les deux familles. Prévoyez un temps pour chacune, sans quoi l’un de vous deux finit par se sentir en dette. Si la discussion tourne à la dispute, regardez ce qui s’y joue : la culpabilité y parle souvent plus fort que les arguments, et vous la retrouverez dans la culpabilité envers ses parents âgés.
Quatrième conversation : protéger un moment pour vous deux
Mettez à l’agenda un moment qui n’appartient qu’au couple, et traitez-le comme une visite à votre parent : un soir par semaine, un dimanche par mois, peu importe. Ce qui compte, c’est qu’il soit écrit, et qu’il se déplace rarement.
Posez les téléphones pendant ce moment, avec une seule exception convenue d’avance : un appel de votre mère un soir où elle a vraiment besoin de vous.
Quand l’agenda ne tient plus, une présence extérieure peut alléger les week-ends. À Paris, Philia&Co. propose une visite de deux heures chaque semaine chez votre parent, avec le même philos d’une semaine à l’autre : elle ne remplace pas la vôtre, elle en ajoute une, et vous rend peut-être un samedi. Tout est détaillé sur la page dame de compagnie à Paris ; pour les week-ends qu’on redoute, la visite chez ses parents âgés qui devient pesante donne d’autres idées.
Un vendredi, avant de charger la voiture, demandez à votre conjoint s’il a envie de venir. Et acceptez les deux réponses.
Questions fréquentes
Mon conjoint ne veut plus venir chez ma mère : faut-il l’y obliger ?
Non : une présence forcée tend la visite pour tout le monde, votre mère comprise. Cherchez ce qui le gêne, proposez une participation plus légère, un déjeuner de temps en temps, et acceptez qu’il ne vienne pas à chaque fois.
Mon conjoint trouve que j’en fais trop pour mon père : a-t-il raison ?
Sur un point, oui : le temps que vous donnez à votre père, vous ne le passez pas avec votre conjoint. Sur la quantité, cela se décide à deux, avec des limites fixées ensemble plutôt qu’un verdict imposé par l’un à l’autre.
Comment annoncer à ma mère que nous prenons un week-end à deux ?
Tôt, simplement, et au pluriel : « Nous partons ce week-end, nous venons dimanche prochain. » Un parent supporte mieux une absence annoncée, avec un jour de retour, qu’un empêchement de dernière minute.
Peut-on partir en vacances sans ses parents âgés ?
Oui, et ce n’est pas un abandon : des vacances à deux font partie d’une vie de couple. Prévoyez qui passe voir votre parent pendant votre absence, et dites-lui la date de votre retour.