Voisine âgée seule : que faire quand on est son voisin, sans s’imposer ni se taire
Vous croisez dans l’escalier une voisine âgée qui vit seule, et vous vous demandez que faire : dire plus qu’un bonjour, ou la laisser tranquille ? Voici les gestes d’un bon voisin, du plus discret au plus engagé, ce qui peut vous inquiéter à juste titre, et qui prévenir.
Voisine âgée seule : où s’arrête votre rôle de voisin ?
Votre rôle commence par un bonjour, et il s’arrête là où commence sa vie privée. Vous n’êtes ni son sauveur ni son surveillant : vous êtes quelqu’un qu’elle peut croiser sans crainte, et appeler un jour si elle en a besoin.
Dans bien des immeubles, il y a une voisine dont on connaît le nom sur la boîte aux lettres, la fenêtre du deuxième étage et le cabas à roulettes du samedi, sans rien savoir d’autre. Qu’elle vive seule ne dit pas qu’elle manque de monde : nous expliquons la différence dans l’article sur les chiffres de l’isolement. Ce qui doit vous alerter est d’un autre ordre.
Saluer, et le faire de la même façon chaque fois
Dire bonjour par son nom, chaque fois, de la même façon, avec un mot sur l’immeuble ou sur le quartier plutôt que sur elle : c’est le premier geste, et il compte déjà beaucoup. Face à l’isolement d’un voisin ou d’une voisine, le portail Pour bien vieillir conseille de créer un lien et d’échanger sur des généralités : le temps qu’il fait, les travaux de la cour, la boulangerie qui a changé de mains.
Ne l’interrogez pas. Une personne qui doit rendre des comptes à chaque palier finit par guetter le moment où l’escalier est vide.
Proposer un service, ou en demander un petit
Il y a deux façons de s’y prendre, et la seconde surprend davantage. Le même portail suggère l’une et l’autre, pour que l’échange aille dans les deux sens : rendre service à votre voisine, ou lui en demander un petit. Un colis à réceptionner, des plantes à arroser pendant vos vacances, son avis sur une recette : elle peut se sentir utile, et elle a une raison de sonner chez vous.
Si vous proposez, soyez précis. « Si vous avez besoin de quelque chose » reste lettre morte ; « Je descends au marché samedi matin, je vous rapporte du pain ? » s’accepte plus facilement.
Laisser son numéro, sans attendre qu’elle appelle
Glissez un mot dans sa boîte aux lettres : votre prénom, votre étage, votre numéro, et une phrase simple. Elle n’appellera sans doute pas, et ce n’est pas le but : en cas de besoin, elle saura où vous trouver.
Si le moment s’y prête, demandez-lui si quelqu’un est prévenu en cas de souci, et si elle accepte de vous confier son numéro. Reflex, le registre de la Ville de Paris dont nous parlons plus bas, conseille d’ailleurs dans son dépliant aux personnes qui sont seules une partie de l’été d’informer leurs voisins et leur gardien pour qu’ils prennent régulièrement de leurs nouvelles, et de leur transmettre les coordonnées d’une personne à prévenir. Son bulletin demande jusqu’à deux personnes de l’entourage, et cite parmi elles un conjoint, un enfant, un voisin, un ami ou un gardien : c’est elle qui choisit.
Ce que vous pouvez remarquer, et ce que cela ne prouve pas
Des volets fermés en plein jour, une boîte aux lettres qui déborde, un logement négligé, une tenue qui ne convient pas à la saison, un visage plus triste, un désintérêt pour ce qu’elle aimait : le portail Pour bien vieillir cite ces signes parmi ceux qui doivent alerter. Il faut lire « alerter » au sens propre : ils invitent à regarder de plus près, ils ne prouvent rien. Une boîte pleine peut signifier un voyage, des volets fermés une journée de repos. Ce qui change le regard, c’est la durée, et la rencontre de plusieurs signes.
La réaction qui convient est la plus simple : sonner, dire ce qu’on a remarqué sans en faire un reproche, et demander. « Je ne vous avais pas croisée depuis quelque temps, tout va bien ? » suffit. Si elle répond que oui, croyez-la et reprenez le bonjour. Si elle ne répond pas, voyez plus bas qui prévenir.
Qui prévenir, et dans quel ordre
D’abord elle-même : toute inquiétude commence par une question posée à la personne concernée. Ensuite sa famille, si vous avez un numéro. Si vous n’obtenez rien, la gardienne ou le gardien, qui connaît souvent les habitudes de l’immeuble, peut avoir de ses nouvelles.
Si vous craignez un malaise ou une chute, ou si vous entendez des cris, ne cherchez pas l’avis de l’immeuble : composez le 15 pour une urgence médicale, le 18 pour un péril ou un accident, le 17 si la sécurité de quelqu’un est menacée. Le 112, numéro d’urgence européen, répond aussi.
Si ce que vous voyez ou entendez vous fait craindre des violences, des abus ou une négligence, appelez le 3133, le numéro national contre les maltraitances : c’est gratuit, vous pouvez taire votre nom, et un simple doute suffit pour appeler.
Reflex et la Maison des Solidarités : des portes qu’elle seule peut ouvrir
Reflex n’est pas un moyen de signaler une voisine : c’est un registre où une personne de 60 ans et plus choisit de s’inscrire, pour que la Ville de Paris la contacte par téléphone lors d’un événement exceptionnel (canicule, épidémie, crue de la Seine) et s’assure que tout va bien. L’inscription est volontaire, et possible toute l’année. Vous pouvez lui en parler et lui apporter le bulletin si elle est intéressée ; c’est elle qui décide.
Le bulletin se trouve sur paris.fr/reflex, dans les mairies d’arrondissement et dans les Maisons des Solidarités, et l’on peut aussi s’inscrire par téléphone au 3975. Ce bulletin prévoit le cas d’une personne qui le remplit pour la bénéficiaire, mais seulement avec son accord.
Vous pouvez aussi lui suggérer de passer à la Maison des Solidarités de son arrondissement, qui renseigne les Parisiens sur leurs droits et sur les activités pour seniors. À l’accueil, il suffit de demander le « service loisirs ».
Ce qu’il vaut mieux ne pas faire
N’entrez pas chez elle sans y être invité, même sous un prétexte aimable. Ne lui demandez ni ses clés ni ses papiers. Ne parlez pas d’elle dans l’immeuble : ce qu’on remarque chez une voisine se dit à elle, à sa famille, ou au gardien quand l’inquiétude est réelle, pas à l’assemblée de copropriété. Ne contactez pas de services derrière son dos pour ce qui n’est pas urgent. Et ne vous vexez pas d’un refus : elle a peut-être déjà décliné dix propositions bien intentionnées, et le bonjour, lui, peut continuer.
Faire plus, avec d’autres
Si un bonjour ne vous suffit plus et que vous voulez donner davantage de temps, mieux vaut ne pas porter seul ce que d’autres organisent déjà. Quatre adresses pour commencer :
- les Petits Frères des Pauvres proposent à leurs bénévoles des visites à domicile pour rompre la solitude de personnes âgées, et expliquent sur leur site comment le devenir ;
- l’association Monalisa rassemble des organisations engagées contre l’isolement des âgés, et chacun peut rejoindre l’une de ses équipes citoyennes de bénévoles, près de chez soi ;
- la Fabrique de la Solidarité de la Ville de Paris recense des missions de bénévolat près de chez soi ;
- JeVeuxAider.gouv.fr est la plateforme publique du bénévolat.
Deux moments demandent plus d’attention que les autres : l’été, quand l’immeuble se vide (nous en parlons dans le parent âgé seul à Paris en été), et les fêtes de fin d’année (la personne âgée seule à Noël). Ce que la Ville de Paris propose à ses seniors est décrit dans notre article sur la solitude d’une personne âgée.
Demain matin, dans l’escalier : un bonjour, son nom, une phrase sur le temps qu’il fait. Pour le reste, c’est elle qui décidera.
Questions fréquentes
Puis-je inscrire ma voisine à Reflex sans lui en parler ?
Non : l’inscription est une démarche volontaire. Le bulletin prévoit le cas d’une personne qui le remplit pour la bénéficiaire, mais avec son accord.
Que faire si ma voisine ne répond plus à sa porte depuis plusieurs jours ?
Sonnez, appelez-la par son nom à travers la porte, demandez à la gardienne ou à sa famille si elles ont de ses nouvelles. Si vous craignez un malaise ou une chute, composez le 18 ou le 15 sans attendre.
À quel numéro signaler une voisine que je crains de voir maltraitée ?
Au 3133, le numéro national contre les maltraitances : l’appel est gratuit et peut rester anonyme, que l’on soit victime ou témoin, et un simple doute suffit. En danger immédiat, ce sont le 15, le 17 ou le 18.
Comment devenir bénévole près de chez moi auprès de personnes âgées isolées ?
La Fabrique de la Solidarité de la Ville de Paris publie des missions de bénévolat près de chez soi, et JeVeuxAider.gouv.fr est la plateforme publique du bénévolat. Des associations comme les Petits Frères des Pauvres proposent aussi des visites à domicile.
Ma voisine décline toutes mes invitations : dois-je insister ?
Non : un refus est une réponse. Gardez le bonjour, laissez votre numéro, et essayez plus tard autre chose, par exemple lui demander un petit service plutôt que de lui offrir un thé.