Le moral d’une personne âgée en hiver : de novembre à février, garder trois ou quatre repères
Le moral d’une personne âgée en hiver ne demande pas d’occuper chaque jour, mais de garder trois ou quatre repères : une sortie à midi, un moment fixe chaque semaine, quelques lieux au chaud où aller. Voici comment s’y prendre de novembre à février, et à quel moment le creux cesse d’être une affaire de saison.
Pourquoi l’hiver pèse sur le moral, et ce que l’on en sait vraiment
Sans doute d’abord parce que l’on sort moins : le jour raccourcit, le froid et le mouillé découragent, et ceux qui étaient déjà un peu repliés le deviennent davantage. À Paris, le 21 décembre, le soleil se lève vers 8 h 40 et se couche vers 17 h : un peu plus de huit heures de jour. Pour quelqu’un qui n’aime pas sortir dans le noir ni sur un trottoir glissant, la fenêtre de sortie tient dans quelques heures. Vers 16 h 30, on allume déjà les lampes, et il reste toute la soirée à traverser.
Selon l’étude Solitudes de la Fondation de France, menée par le Crédoc en juillet 2024 auprès de plus de 3 000 personnes de 15 ans et plus, 38 % des personnes interrogées disent se sentir souvent ou de temps en temps seules en hiver, contre 29 % en été. Ses auteurs l’expliquent par la réduction des activités en extérieur, qui renvoie vers le domicile ceux qui sont déjà les plus repliés. L’enquête porte sur toute la population, pas sur les seules personnes âgées : n’en tirez pas que l’hiver est une affaire de grand âge, tirez-en qu’il se vit surtout à l’intérieur. Ce que la recherche associe à la solitude, au-delà du moral, est résumé dans notre synthèse sur la solitude et la santé.
Sortir une fois par jour, quand il fait jour
La meilleure sortie de l’hiver est celle de la fin de matinée ou de midi : il fait jour, le gel est parti, la rue est pleine. Une sortie courte avec un but, le pain, le courrier, le banc où le soleil tombe, vaut mieux qu’une longue promenade qu’on remet.
Le site Manger Bouger, de Santé publique France, recommande aux plus de 65 ans au moins 30 minutes d’activités physiques dynamiques par jour, en commençant doucement, et précise que bouger, ce sont aussi les mouvements de la vie quotidienne : marcher, jardiner, bricoler. Ce n’est pas un programme à imposer : le rythme se décide avec votre parent, et avec son médecin en cas de doute. La marche à deux est traitée à part, dans les bienfaits de la marche pour une personne âgée.
Sur les trottoirs mouillés, la peur de glisser est raisonnable, et votre mère n’a pas à s’en défendre. Offrez votre bras, choisissez des rues qu’elle connaît, partez quand c’est sec. Si la peur de tomber finit par l’empêcher de sortir, c’est un sujet pour son médecin.
Prévoir un moment fixe dans chaque semaine
Un moment fixe tient quand l’envie manque : le jeudi à 15 h, quelqu’un vient ou l’on appelle, et cela ne dépend plus de l’humeur du jour ni du temps qu’il fait. Trois petits repères font plus pour une semaine qu’un grand déjeuner par mois : l’appel du dimanche, la visite du jeudi, le mot échangé avec la gardienne le mercredi. Si vous êtes plusieurs, répartissez les jours. Chez Philia&Co., ce moment-là peut prendre la forme d’une visite de 2 h, avec le même philos chaque semaine : à la maison, ou jusqu’au marché si le cœur y est (dame de compagnie à Paris).
Prévoir, c’est aussi connaître Reflex, le dispositif que la Ville de Paris propose aux personnes de 60 ans et plus : il n’est pas réservé à l’été. En cas d’épidémie (la grippe, par exemple) ou de crue de la Seine, les agents de la Ville peuvent appeler les inscrits pour s’assurer que tout va bien. On s’inscrit par téléphone, au 3975, ou avec un bulletin, que votre parent peut vous laisser remplir, avec son accord. La marche à suivre est détaillée dans parent âgé seul à Paris en été.
Varier : des lieux au chaud où aller
Le musée, la bibliothèque, le club seniors sont des lieux à l’abri qui donnent un but à la sortie. Ayez-en trois ou quatre, pour changer quand l’envie de l’un s’use.
Les collections permanentes des musées de la Ville de Paris sont gratuites, à quelques exceptions près (les Catacombes, par exemple) ; les expositions temporaires sont en général payantes.
Les bibliothèques de la Ville, plus de soixante, sont gratuites et ouvertes à tous, Parisiens ou non ; l’inscription demande une pièce d’identité en cours de validité, et l’emprunt de livres est gratuit. On y trouve de quoi lire sans fatiguer ses yeux (voir lire à voix haute à une personne âgée), pour les jours où l’on ne sort pas.
Pour choisir un musée, ou pour des conférences gratuites et des ateliers, voyez les pistes réunies dans sorties culturelles à Paris pour seniors. Quant aux clubs seniors de la Ville, voyez solitude d’une personne âgée : que faire.
Les fêtes de fin d’année : ne pas attendre le 24
Ne laissez pas décembre se jouer sur un seul repas. Un appel le 24 peut compter moins qu’un moment fixé en janvier, quand les guirlandes sont rangées et que le calendrier est vide. Décembre à Paris, ses invitations et ses initiatives ont leur propre article : personne âgée seule à Noël.
Si le creux dure, en parler au médecin traitant
Un creux de saison n’est pas forcément une dépression. Mais quand la tristesse ou le désintérêt s’installent, presque tous les jours, depuis deux semaines ou davantage, ou que d’autres choses changent à la fois, parlez-en au médecin traitant. Inutile de poser un mot sur ce que vous voyez : racontez-le au médecin, tel quel. Deux articles prennent ces semaines-là au sérieux : personne âgée qui n’a plus goût à rien, puis dépression et solitude chez la personne âgée.
Si votre parent parle de mourir, appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide : gratuit, ouvert jour et nuit, il répond aussi aux proches inquiets. En cas de danger immédiat, c’est le 15 ou le 112.
Cette semaine, avant la première gelée, fixez avec votre parent le jour et l’heure de sa sortie de midi, et ceux de la visite ou de l’appel du jeudi. Écrivez-les sur le calendrier de la cuisine, à l’encre. Le 1er février, le jour a gagné plus d’une heure sur le 21 décembre.
Questions fréquentes
Mon père sort moins l’hiver : faut-il s’en inquiéter ?
Pas forcément : d’après l’enquête de la Fondation de France, les activités en extérieur se réduisent en hiver pour beaucoup de monde. Regardez s’il garde des conversations et des raisons de sortir ; si la tristesse ou le désintérêt durent presque chaque jour pendant au moins deux semaines, parlez-en à son médecin traitant.
Ma mère refuse de sortir quand il y a du verglas : que faire ?
Ne discutez pas : sa prudence est raisonnable. Déplacez la sortie au lendemain, ou à l’après-midi quand le sol est sec, et choisissez un but où l’on est à l’abri : une bibliothèque, un musée, le café en bas de chez elle.
À quelle heure appeler un parent quand le soleil se couche vers 17 h ?
Vers 16 h 30 ou 17 h, quand la lumière baisse : c’est l’heure où la soirée commence à paraître longue.
Un parent qui n’aime plus les grands repas doit-il fêter Noël à table ?
Non, pas s’il n’en a pas envie : un déjeuner à deux ou trois, un goûter, une sortie le jour qui lui convient valent mieux qu’une grande table subie. Demandez-lui ce qu’il aimerait, avant de proposer.